Bivouac dans les Erges

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Le beau temps est enfin là en ce mois de juin ; malheureusement pour moi les contraintes familiales et professionnelles ont pris le relais du mauvais temps. Enfin ce week-end j’avais une possibilité d’aller prendre l’air en montagne, en gros du dimanche après-midi au lundi matin. Le mieux pour en profiter était bien sûr un bivouac plutôt que deux petites balades en mi-journée, et ayant pas mal de lieux où j’aimerais bivouaquer le choix était assez vaste.
Néanmoins, lorsque les prévisions météo se sont affinées, il en est ressorti que ce petit créneau ne serait pas formidable : la pluie était annoncée en Haute-Savoie et au « nord », tandis que le « sud » devait rester à l’écart sauf probablement la nuit de dimanche à lundi… Problème d’analyse de la prévision qui revient souvent pour moi : où faut-il classer le Vercors, au nord ou au sud ?
Finalement j’ai opté pour aller bivouaquer dans les Erges : même s’il y avait pas mal de nébulosité ce serait moins frustrant qu’ailleurs car ce qui fait le charme des balades là-bas, c’est l’ambiance et le lieu dans lequel on évolue plus que de belles vues panoramiques ou photogéniques.
En arrivant sur Grenoble, je réalise tout à coup que j’ai oublié la tente… Pas question de rentrer, je réfléchis aux autres possibilités : viser la nuit dans une cabane, celle de Tiolache serait la plus proche mais ça ne me tente pas vraiment, elle est assez petite et facilement fréquentée lors des traversées des Hauts-Plateaux. Autrement il faut aller dans le Purgatoire, mais j’avais envie des Erges. Tout à coup ça fait tilt : je me souviens que lorsque nous avions cherché un sentier ancien qui aurait pu rallier la grande ruine au pas de Serre-Brion nous étions remontés en direction de la crête et du point 1956 en longeant quelques petits rancs où se trouvaient assez régulièrement des auvents rocheux. Je m’arrête donc à ce choix : maintenir l’itinéraire prévu en prévoyant le bivouac dans l’un de des auvents plutôt qu’à la grande ruine. En cas de temps à la pluie dès la fin de journée tant pis je me rabattrai sur Tiolache et sa cabane.
L’itinéraire prévu justement : partir du col de la Berche, filer au Pot du Play, retraverser tranquillement la zone du coeur des Erges (au sud des points 1504/1508), récupérer ensuite au mieux la grande doline sous le point 1704, dîner au mur du point 1725 puis gagner la doline 1689, la grande ruine et enfin le bivouac suffisamment haut pour espérer être sur la crête au lever de soleil.
Pour le retour : suivre la crête le long des rochers du Ranc Traversier et de la Peyrouse, atteindre le Pas Morta, redescendre à la ruine de la cabane à Jésus puis descendre les estives autour de la cabane 1726 pour récupérer la draye des bergers afin de revenir par la prairie d’Arbounouze et le Pot du Play.
Je pars du col de la Berche en début d’après-midi de ce dimanche avec un petit étonnement : il y a pas mal de voitures cette fois ! J’atteins rapidement le Pot du Play ensoleillé où je vois deux personnes en train de faire une pause (ce seront les deux seuls hominidés de la balade). Je quitte rapidement le GR pour traverser la prairie vers l’est et j’arrive aux ruines de l’ancien refuge hexagonal qui a brûlé. Je poursuis dans le sous bois, tâtonne un peu et je ne tarde pas à retomber sur un découvert sur lequel est bâti un cairn dont je me souviens bien lorsque nous étions passés là avec Gérard. Je suis la sente qui mène vers le coeur des Erges, mais je finis par la laisser pour partir plein nord pour m’élever sur les escarpements de lapiaz. Comme la fois où j’ai découvert ce coin, je suis ravi au fur et à mesure que la vue se dégage : c’est vraiment une sensation de désert intense avec les crêtes au fond et toutes les tables de lapiaz empilées, un peu comme des déferlantes de l’océan qui auraient été pétrifiées soudainement. Un seul regret : tout reste désespérément à l’ombre : il y a bien quelques trouées de ciel bleu mais un vilain cumulus sombre cache le soleil et ne s’en ira pas de la journée à 1 ou 2 minutes près.
Je prends pas mal de temps pour flâner sur les hauteurs de ce plateau de lapiaz dont je ne me lasse pas, c’est vraiment ludique d’évoluer sur ce terrain. Les lapiaz sont parfois larges, parfois tourmentés et abrasifs et ils dessinent aussi parfois de belles formes géométriques. Attention en revanche à ne pas chuter ou se tordre une cheville : il ne passe pas grand monde… Du reste en finissant un nouveau passage sur les hauteurs en espérant un rayon de soleil, j’accroche le pantalon sur un lapiaz qui le déchire largement : j’aurais dû comprendre ce signe du ciel car je ne le sais pas encore mais je viens de manger mon pain blanc…
Je retrouve quelques cairns qui semblent monter vers l’est ce qui me va bien mais assez vite la sente oblique et redescend franchement vers le bas de la draye des bergers. Ca ne me convient pas trop donc je l’abandonne pour traverser hors sentier en direction du haut de la draye. Le terrain est vite très tourmenté et en refaisant un point je vois que je suis à peu près au milieu des points 1508 et 1510 ; je me décide à récupérer la draye des bergers à ce niveau en partant vers le nord. Pas de sente claire trouvée au passage (mais il y a des cairns sur l’éminence 1508) ; en alternant les passages de lapiaz et de talweg je finis par rejoindre la draye. Je suis content car j’ai laissé pas mal de temps et d’énergie dans la bataille et j’aurai intérêt à profiter du terrain roulant si je veux être au mur du point 1725 pour le coucher de soleil. Heureusement sur la draye ça déroule et je regagne du temps. Après avoir quitté la jonction qui repart vers les estives du point 1726, je suis la branche plus ténue qui monte vers la doline du point 1704 et je découvre le fameux petit couloir où les charbonniers ont aménagé quelques lacets : c’est vraiment superbe ! Rien d’extraordinaire ensuite : je poursuis sur la sente qui traverse la grande doline sur une charbonnière puis qui remonte de façon très commode en direction du point 1725 et de son mur. J’y arrive et fais une pause repas en espérant le soleil. Il apparaît enfin quelques instants mais c’est vraiment le temps de faire 2-3 photos. Je vois quand même qu’il y a des trouées sur l’horizon ce qui me laisse l’espoir d’une lumière pure et superbe de fin de journée mais non, il repasse derrière la poisse et y reste. Mine de rien je commence à bien geler et je suis content de reprendre la marche en direction de la doline 1689 puis de la grande ruine où j’arrive alors que la nuit tombe vraiment. L’aplat est une vraie invitation au bivouac et j’avoue que j’hésite un peu à rester là comme le temps semble plutôt se dégager. Néanmoins le lever de soleil me motive et je remonte donc vers le nord est. Je me plante en ne montant pas tout de suite ce qui me fait monter sous un ranc ; j’arrive quand même à le franchir par une faiblesse mais je peste un peu en me disant que je suis un peu idiot d’aller faire de la varappe à 22h dans un coin où ne passe quasiment jamais personne…
Il fait nuit, je repère difficilement les auvents dont j’avais souvenir ; en fait je pense que je suis déjà plus haut mais je n’ai pas envie de redescendre comme de toute façon je vise la crête. J’en vois un premier que je trouve bien bas de plafond, et surtout très en pente. Il y en a un deuxième assez malcommode. Je continue de m’élever et j’arrive au gros « N » de la carte IGN, les crêtes ne sont plus loin. Je trouve un petit auvent sous un tout petit ranc mais il a l’avantage d’être plutôt herbeux et pas trop pentu donc je me décide. J’assemble quelques pierres pour que les jambes puissent rester à peu près à plat : finalement mon stage de construction de murs en pierres sèches m’aura un peu servi ! Enfin je me couche ; la lune ne tarde pas à apparaître au dessus de la crête de Serre Brion et les nuages avancent rapidement poussés par un vent du nord puissant. A ce stade c’est plutôt sympa pour moi : l’auvent est orienté plein sud donc je suis bien protégé du vent, et le spectacle est beau. J’en fais quelques photos : le grand luxe de pouvoir faire ça en restant dans le sac de couchage ! Enfin je me couche pour de bon un peu avant minuit, confiant pour la nuit : finalement le Vercors est au sud…
Vers 2h du matin un bruit d’averse me réveille : les crêtes ont disparu, il n’y a plus que de la purée de pois… Je comprends qu’effectivement la pluie annoncée est là (le nord m’a rattrapé) mais ça ne semble pas trop fort et j’espère que ça s’arrêtera vite. Une bonne heure passe ponctuée d’averses puis il me semble que ça se calme, en tout cas je me rendors et l’auvent a rempli son office, je ne suis pas trop mouillé.
A l’aurore je m’éveille de nouveau avec une sensation d’humidité bien plus forte ; le vent semble plus orienté vers l’ouest et il bruine, autant dire qu’effectivement les gouttes m’atteignent bien plus. J’attends un peu en émergeant péniblement de cette mauvaise nuit mais je vois que la pluie se renforce plutôt : il n’y a pas trop à tergiverser, il est un peu plus de 5h et il est évident que le lever de soleil est foiré. Je replie les affaires et me décide à rentrer au plus tôt. Avec cette pluie je n’ai pas envie de crapahuter trop hors sentier donc le plus simple me semble être de remonter pour trouver le sentier de crête de la Peyrouse / Ranc Traversier, atteindre le pas de Serre Brion puis descendre à Tiolache par la directissime joliment cairnée. Un peu avant Serre Brion la pluie s’intensifie (sur la crête du reste il grêle). J’apprécie toujours autant en revanche les odeurs fortes du fenouil sauvage. Je n’étais pas repassé sur cette directe Serre Brion / Tiolache depuis mon passage il y a deux ans et je me régale car je trouve vraiment que c’est un joli coin ; je vois au passage la belle ruine que Gérard avait trouvée. J’arrive à Tiolache en me faisant la réflexion que cette saison est tout de même bizarre : nous sommes fin juin et j’ai entendu des coqs roucouler vigoureusement, et d’autre part les trolles commencent juste à apparaître. Je suis vraiment bien trempé et ai hâte de retrouver la voiture : je ne m’attarde pas sur le fastidieux canyon des Erges que je dévale en évitant autant que possible les branches trempées. Sur le bas un aboiement vif et puissant me fait sursauter ; je n’ai pas pu voir l’animal mais il me semble que c’était plus fort qu’un chevreuil en tout cas.
Enfin il est un peu plus de 8h et je retrouve la voiture ; content d’arrêter là la punition… Bref encore une sortie vraiment frustrante, au point que je demande si ça vaut la peine que je remette les pieds en montagne cette saison.

Au pot du Play, il va être temps de cheminer vers l’est…

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Je commence à voir les tables de lapiaz du coeur des Erges.

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Restes de l’ancien refuge hexagonal du Parc.

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Montée dans les nombreuses tables de lapiaz.

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La marche sur les lapiaz…

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Comme un océan pétrifié.

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Les cairns : les clés d’accès…

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Une plate forme charbonnière.

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Contournement de l’éminence 1508.

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Sur le haut de la draye des bergers : superbe aménagement du sentier par les charbonniers.

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La grande doline, sous l’éminence 1704.

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Suspense : le soleil percera-t-il ?

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Oui ! Une trentaine de secondes, de quoi m’arracher au dîner (pris à côté du mur au point 1725).

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Mais ça ne dure pas…

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Arrivée à la grande ruine ; la nuit tombe.

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En début de nuit, la Lune joue à cache cache avec les nuages  : la vue est belle du bivouac…

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Mais avec la pluie l’ambiance change ; merci tout de même à l’auvent.

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Sur le chemin du retour ; la pluie s’arrête quelques instants en même temps que le brouillard est moins dense : une photo de l’ambiance entre Serre Brion et Tiolache.

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