Glandasse, décembre 2011

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Une fois n’est pas coutume, je reviens sur une balade ancienne (mi-décembre 2011) sur laquelle j’avais déjà fait un retour sur mon ancien site. J’ai pris le temps récemment de réécrire plus longuement le récit de cette balade qui avait été particulièrement marquante ; du coup je le mets ici pour ne pas le perdre.

Fin du préambule, place au récit !  

« C’était en décembre 2011, un ami de Valence qui a le Glandasse pour jardin m’avait proposé de m’emmener faire un tour là-haut car je ne connaissais quasiment pas et j’avais envie de combler cette lacune.

Nous partons donc et en suivant la vallée de la Drôme, en débouchant dans le Diois, nous constatons que le haut du Glandasse est vraiment bien blanc, ce qui n’était pas forcément prévu (même si bien sûr en partant mi décembre, les affaires de bivouac étaient foncièrement hivernales).
Nous voilà partis au départ de Menée, et nous suivons un joli petit sentier régulier qui s’élève le long du ravin du Barri pour parvenir au pas des Clos. Une chasse est en cours mais nous passons entre les balles. Une fois arrivés aux derniers pierriers avant la falaise le calme revient et nous poursuivons la montée tranquillement dans les buis, alors que les premiers chamois nous observent ça et là.
Nous profitons de la belle source de Font Froide pour reprendre de l’eau ; la neige fait son apparition et nous poursuivons pour contourner le Royou alors que la nuit tombe (les jours sont courts mi-décembre) et que le Dévoluy se pare de couleurs magnifiques.
La nuit est là, nous marchons sur le plateau enneigé sans trop de difficultés, éclairés seulement par la pleine Lune (cette nuit là en plus a lieu une éclipse partielle, les couleurs et l’ambiance sont magiques).
Enfin les cabanes de Châtillon sont en vue, nous sentons en approchant que la cabane est occupée car une odeur de feu de bois s’élève comme la promesse d’une pause confortable bienvenue. Nous nous y arrêtons pour dîner et discutons avec les deux randonneurs qui sont là et qui sont des habitués. La conversation vient sur les loups, qui sont un peu l’une des célébrités de ce coin du Vercors, et l’un des randonneurs nous explique qu’il a déjà vu un loup traverser cet alpage de Châtillon un petit matin.
Notre but est bien plus loin : la bergerie de Laval d’Aix, aussi une fois les forces reprises nous reprenons la marche dans la nuit, toujours éclairés seulement par la pleine Lune, qui est voilée par moments par quelques nuages qui passent rapidement, poussés par le vent.
Rapidement je sens que j’ai vraiment du mal : les 1500m de dénivelée commencent à se faire sentir, le poids du sac à dos également (à l’époque je traînais beaucoup de choses…) et surtout la neige devient plus profonde. Dans la montée qui contourne le Pie Ferré ça tourne au cauchemar : invariablement chacun de mes pas brise la frêle couche de neige dure et je m’enfonce en reculant un peu, j’ai vraiment l’impression que tous les 3 pas, même à plat, il faut que je m’arrête pour reprendre mon souffle et récupérer. En écoutant les bruits qui montent de la nuit, je m’aperçois que le bruit du vent est parfois contrarié par des hurlements encore lointains mais très nets, et qui viennent juste de la direction où nous allons. Je commence vite à m’imaginer cerné par une meute de loups, épuisé de fatigue dans la nuit et la neige. Pascal est lui très expérimenté et increvable, il prend quelques unes de mes affaires pour me soulager (j’ai toujours beaucoup de gratitude pour son geste aujourd’hui !) car il a compris qu’au vu de l’heure, de la nuit et du froid il ne faut plus trop traîner ; nous continuons au mieux.
Enfin la pente devient plus faible, et si le froid commence à se faire bien sentir à mes pieds, les forces semblent revenir un peu ; la progression est meilleure, toujours dans cette ambiance de film fantastique sur le plateau enneigé avec l’éclairage de la Lune et des nuages qui passent par intermittence sur la crête nous plongeant momentanément dans le brouillard.
Avec la progression les hurlements se font bien plus nets, il devient évident que notre itinéraire va passer presque à l’endroit des hurlements. Une petite descente se produit vers Jencourt et un nuage s’éloigne poussé par le vent : la visibilité revient. Nous scrutons dans la nuit d’où viennent les hurlements : hurlements aigus de canidés d’un côté contre des hurlements rauques et sauvages de l’autre. Enfin mon ami me donne la clé de la situation : « non ce ne sont pas des loups, mais des chiens de chasse qui ont cerné un sanglier qui s’est réfugié au fond de cette doline ». En passant à côté j’ose à peine regarder même si nous ne voyons guère que quelques taches noires dans ce creux enneigé, et nous pressons le pas pour poursuivre la marche dans la nuit, le coeur serré.
Enfin la bergerie et la délivrance sont en vue, et nous sommes bien soulagés de retrouver ce confort pour la nuit, après avoir eu l’impression de vivre des moments irréels…
Il est près de 21h : le réchaud se met en marche et ronronne, le dîner est rapide et enfin c’est le bonheur de se glisser dans le duvet. Le spectacle nocturne valait sans doute quelques photos mais je n’ai pas eu le courage d’en refaire.
Dimanche matin le réveil est tranquille même s’il fait encore froid dans la bergerie (-2°c), nous continuons à suivre la crête vers le nord en regardant les nombreux vautours puis aux environs du pré Imbert nous obliquons vers l’est pour rejoindre le haut de la vire du Sambardou. Pascal est d’autant plus intéressant qu’il repère et reconnaît toutes les traces dans la neige : ici un lièvre variable est passé, ici un renard est passé, ici le renard a rejoint la piste du lièvre, oh ici il reste quelques poils de lièvre…
Après le pique-nique au soleil nous suivons la vire du Sambardou tranquillement, en regardant les nombreux bouquetins et aussi en regardant où l’on met les pieds car il reste encore de la neige et mieux vaut éviter une glissade ! La descente se fera sans histoires jusqu’au retour à Menée.

Pour finir je ne résiste pas à mettre le résumé de la sortie qu’a fait Pascal sur Bivouak :
« ça y est, les premières rigueurs sont arrivées et Glandasse a pris son visage de solitude austère.
Le ventre creux de Cédric lui a joué un mauvais tour, plus loin les cris déchirants de la bête traquée se sont heurtés à la clarté immobile de la lune et nous avons continué notre progression laborieuse la gorge un peu plus serrée… et puis la nuit a peu à peu étouffé les cris et hurlements.
Le lendemain le soleil a pointé de nouveau, honorant la beauté sauvage du monde d’en-haut qui, égal à lui-même, a poursuivi son cours immuable.  »

Montée au dessus de Menée, le panorama se dégage mettant en évidence le fameux rocher de Combeau.

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Franchissement du pas des Clos.

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Il se poursuit dans la garrigue.

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Premiers chamois.

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Jolies lueurs du soir sur le cirque d’Archiane.

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Le Dévoluy s’embrase.

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Le Royou.

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Eclipse de Lune, neige, froid et nuit : c’est parti pour le programme du soir…

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Le lendemain matin, le paysage se réveille autour de la bergerie de Laval d’Aix.

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Un renard est passé dans la nuit.

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Le soleil réchauffe les hauteurs et nous jouons à cache cache avec les animaux, c’est beau !

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Le rocher d’Archiane.

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Nous poursuivons la belle traversée sur la crête.

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Arrivés au pré Imbert, nous redescendons vers Sambardou.

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Les bouquetins s’affairent à l’entrée de la vire.

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Sur la jolie vire de Sambardou.

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Dernier promontoire avant de regagner la forêt.

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3 Responses to Glandasse, décembre 2011

  1. Bonjour, ce post est vraiment génial. Ca part directement dans les favoris.

  2. Ping: A l’affut des tétras lyres… | Montagne et photographies

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