rocher du Playnet

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Mon dernier bivouac remontait à la mi-septembre, autant dire que j’avais très envie de recommencer.

Mais les impondérables professionnels m’ont empêché de remettre ça jusqu’à la première semaine de novembre, puis la météo est restée très mitigée avec notamment beaucoup de vent.

Enfin cette semaine s’annonçait mieux avec le retour du ciel bleu (accompagné d’un flux de nord certes) et un planning familial et professionnel plutôt calme : c’était enfin l’occasion rare à ne pas manquer !

Quelques hésitations pour le lieu : j’aurais bien tenté quelque chose en Belledonne mais ma méconnaissance du massif alliée aux grosses chutes de neige de la semaine précédente m’a découragé. Du coup j’ai repensé que je n’étais jamais monté voir un lever de soleil sur la barrière du Vercors en hiver : c’était peut-être l’occasion !

Sans trop d’hésitations j’ai choisi d’aller au rocher du Playnet : il est situé en plein centre de la barrière, son accès est foncièrement débonnaire contrairement au Veymont, il est en dehors de la station de Villard et loin des foules de skieurs de rando ; enfin une cabane permet de passer la nuit pas trop loin ce qui permet d’éviter un réveil trop matinal pour être là-haut à l’aurore.

Départ de Lyon ce mercredi, sur la route je constate que le froid vif se maintient avec -5° relevés en passant le col de Rossatière à un peu moins de 600m : heureusement que j’ai pris les affaires d’hiver !

En arrivant sur Grenoble je constate que les sommets de Chartreuse sont encore bien dans la brume, et le Vercors semble mitigé. Heureusement en débouchant sur Lans c’est un ciel radieux qui m’accueille. Mais le froid se confirme : la route menant au golf de Corrençon est encore enneigée et le thermomètre indique -8° au parking.

Je file sans traîner sur le GR91 plutôt satisfait finalement : même pas besoin de porter les raquettes. Je tombe rapidement sur le nouveau terrain de biathlon ; j’avais lu quelques polémiques sur internet à son sujet et c’est vrai que c’est un peu triste : ce coin des Hauts Plateaux ressemble de plus en plus à un luna park (même si avec le golf ça n’était déjà pas très sauvage). A la Croix de la Messe je prends une bifurcation plein est qui me permet de rejoindre la sente qui mène au Ranc de l’Abbé sans avoir à passer par les pistes de ski de fond. Sur la sente du Ranc de l’Abbé la trace n’est pas vierge mais la neige est restée très poudreuse et même avec les raquettes je m’enfonce pas mal ; j’avais oublié depuis l’hiver dernier à quel point ça peut-être fastidieux. Une fois quittée la bifurcation qui monte vers Serre du Play, il n’y a quasiment plus de traces à monter au Grand Pot. C’est plus fatigant mais il faut reconnaître que le paysage est superbe avec ce beau ciel bleu et tous les arbres couverts de neige givrée, comme des gâteaux à la crème.

Quelques raidillons pour monter vers le Grand Pot m’usent bien et je commence à être fourbu en débouchant dans la belle dépression. Je pique-nique (il est déjà plus de 14h) et un souci me tracasse : mon genou qui m’avait fait souffrir dans le Dévoluy se réveille. Je commence à me demander si mon projet de coucher / lever de soleil au Playnet restera faisable, d’autant plus que les dernières traces ont disparu : maintenant il faudra brasser sur tout le reste du parcours. Je me lance quand même un peu après 15h, il me reste encore un peu moins de deux heures avant le coucher de soleil. Mon rythme est vraiment lent mais je finis enfin par déboucher au Pas Ernadant, il doit être un peu plus de 16h. Le sommet du Playnet pour le coucher de soleil ne me semble plus jouable, je me contente des premiers replats au-dessus du Pas pour attendre le coucher de soleil. Autant sous la crête le vent n’était pas sensible autant sur les hauteurs c’est une autre histoire et le vent du nord me gèle bien. Une fois le soleil couché je ne demande pas mon reste et descend aussi vite que ma jambe me le permet : heureusement finalement j’arrive à ne pas trop la solliciter et la descente est moins compliquée que je ne le craignais.

Je suis quand même bien content de me poser à la cabane : le réchaud ne tarde pas à ronronner pour un repas bienvenu et réparateur. Le froid reste vif ; dans la cabane ma montre indique 0°.

Si, une anecdote tout de même : j’avais en tête que Jean Giono avait écrit plusieurs romans sur la région Trièves / Diois donc j’avais envie de le découvrir. Du coup j’ai demandé conseil à une amie avec qui j’ai eu l’occasion de faire quelques bivouacs et qui est justement prof de français et elle me répond « j’avais adoré « un roi sans divertissement » qui se passe à Chichilianne ».
Du coup me voilà en train de lire ça dans ma cabane perdue enfouie sous la neige, dans la nuit sombre et froide… Et moi qui avais imaginé que c’était un roman rural tout ce qu’il y a de plus classique (je m’attendais quand même éventuellement à quelque intrigue amoureuse pour mettre un peu de piment, qui aurait été d’autant plus la bienvenue que j’avais dîné à côté du cadavre d’une bouteille de vin dont l’étiquette indiquait « la cuvée des hockeyeuses » et qui était agrémentée de la photo d’une paire de jambes féminines émoustillantes), je découvre qu’en fait on nous raconte l’histoire d’un hameau perdu au fin fond du Diois dont les habitants disparaissent et se font trucider les uns après les autres, pendant les longues nuits glauques d’hiver… Et justement l’un des villageois venait de voir émerger du brouillard le tueur (le « monstre ») et du coup il le suivait sur les pentes du Jocou et au-delà pour découvrir son secret…
Bref avant de me coucher et d’éteindre : j’ai creusé quelques trous dans la neige pour faire des pièges, j’ai accroché les bâtons avec la pointe dans l’axe d’entrée de la porte (barricadée bien sûr) et j’avais le trépied photo prêt à me servir de massue à côté de moi…

Encore une fois en hiver j’ai bien dormi (bien mieux qu’en été en tout cas) et je me sentais relativement frais quand le réveil a sonné peu après 5h30. Théoriquement je n’avais pas grand chose à faire : replier les affaires et me faire chauffer un thé mais je ne sais comment, je n’ai quitté Goupette qu’à 6h30 (il faut dire que l’eau dans la gourde avait commencé à geler avec -5° dans la cabane au petit matin et j’ai dû refaire fondre un peu de neige).

Cela dit au rythme où j’étais monté la veille (plus d’une heure pour le Pas Ernadant), ça ne me laissait que peu d’espoir d’atteindre le sommet du Playnet avant le lever de soleil prévu vers 7h50. Néanmoins mon genou ne me faisait pas trop souffrir quand même alors je me suis dit « j’essaye » ; au pire le lever depuis le Pas Ernadant ne devrait pas être trop moche. Mon seul espoir d’être plus efficace résidait dans ma trace : hier en fin de journée j’avais dû faire la trace pour monter là-haut, alors que pour cette fin de nuit je pourrais reparcourir celle-ci. Et effectivement le petit miracle a eu lieu : la montée dans la trace déjà faite a été bien plus facile et il ne m’a fallu qu’un peu plus d’une demi-heure pour atteindre le Pas Ernadant. Les crêtes étant ensuite moins enneigées j’ai pu continuer à progresser assez rapidement tant et si bien que je suis arrivé au sommet avec 20 minutes d’avance sur le soleil ! J’en ai bien profité là-haut, d’autant plus que le vent était moins gênant que la veille au soir. Le lever de soleil fut conforme aux attentes, avec de belles couleurs vives du côté Trièves alors que le Vercors drômois sortait doucement de son engourdissement avec de délicates teintes pastel. Enfin je suis redescendu tranquillement en prenant garde à ma jambe, qui a bien tenu.

Je comptais initialement rentrer en traversant les rochers de la Balme mais mon genou m’ a conduit à revoir les objectifs à la baisse : je me suis contenté de redescendre par mon itinéraire de montée… Repassant à Goupette avec beaucoup de temps devant moi, j’en ai profité pour continuer à lire mon bouquin dans une ambiance plus riante, d’autant plus qu’il faisait sensiblement plus chaud que la veille. J’en ai aussi profité pour prendre un petit déjeuner copieux à base du « cake des randonneurs aux pistaches et noisettes » car j’étais presque parti à jeun le matin.

Pour ceux que cela peut intéresser, voici cette merveilleuse recette transmise par Florence du forum « randonner léger » :

150 gr farine
175 gr beurre
100 gr poudre amandes
100 gr poudre noisettes
100 gr sucre 
200 gr pistaches et noisettes
+/- 1 à 3 cas de miel

On mélange le tout et hop au four !

Enfin j’ai repris la descente, avec toujours beaucoup de neige sur le sentier du Ranc de l’Abbé. Une fois atteinte la bifurcation de Serre du Play les traces des skieurs se sont vraiment accumulées au point que cela créait un véritable boulevard parfaitement damé sur la piste forestière. Retour sans histoires ensuite jusqu’à Corrençon, relativement animé avec pas mal de promeneurs qui chaussaient leurs raquettes pour faire le petit tour de l’après-midi.

Sur la route du retour la situation a été à nouveau semblable à celle de la veille : beau ciel tout bleu jusqu’à Lans puis à l’approche de St Nizier le ciel s’est bouché. Finalement ces deux jours auront été le bon choix à cet endroit !

Sur le Ranc de l’Abbé il y a d’emblée beaucoup de neige, et une belle ambiance.

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Arrivée au Grand Pot.

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Montée vers le Pas Ernadant.

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Puis je poursuis un peu sur la crête, en direction du Playnet.

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Mais le soleil baisse vite ; je profite des derniers rayons.

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Le soleil se couche…

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Je redescends doucement, en traînant la patte : il n’y a qu’à suivre mes propres traces…

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Lecture angoissante de Giono dans la cabane…

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Je m’essaye brièvement à la photo nocturne, toujours sans grande conviction…

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Le lendemain j’ai pu progresser bien plus vite que la veille ; j’arrive au Pas Ernadant bien avant le lever de soleil.

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Belle ambiance à 360° !

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Enfin le soleil se lève : c’est superbe !

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Les Hauts Plateaux du Vercors.

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Jeux d’ombres devant les gorges de la Bourne.

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De profondes échancrures séparent les tours du Playnet.

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Le Pas Ernadant.

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De retour au Grand Pot.

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Le rocher du Playnet vu du Grand Pot.

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Le programme étant nettement allégé du fait de mon genou, je fais une bonne séance petit déjeuner avec du thé chaud et le cake du randonneur ; et je poursuis la lecture dans une ambiance plus riante…

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Sculptures éphémères…

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Retour sur le Ranc de l’Abbé.

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Interrogation existentielle : où allait le lièvre ?

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Retour à la civilisation au golf de Corrençon.

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11 Responses to rocher du Playnet

  1. Belle aventure et joli coucher de soleil en attendant la suite.
    À bientôt.

  2. Merci Gérard ! La suite ne sera pas tout de suite…

  3. François LANNES dit :

    Bonsoir Cédric,

    J’ai bien fait de venir jusqu’ici, car la panoplie complète des photos qui s’y trouve était vraiment agréable à regarder.
    Plaisir…

    Tu t’es bien amusé, n’est-ce pas ??
    Surtout, ce devait être la grande solitude…
    Ca c’est le meilleur.

    Bravo pour cette belle sortie, et merci de nous en faire profiter.

    • Bonsoir François,
      Merci ! Et oui : le calme absolu en dehors du GR à Corrençon. Cela dit figure toi que j’ai eu une pensée pour toi en scrutant la face des rochers de la Balme avec tout son réseau de vires, je me suis dit « voilà un coin pour François »… Il faudra que tu demandes à Ancelin comment on va au scialet de la Bulle…

      • François LANNES dit :

        J’ai bien vu ton mail, et je te remercie de la photo jointe. Tu n’as pas de souci à avoir !
        Simplement je prends mon temps pour te faire un jolie réponse…

  4. PM Tissot dit :

    Bonjour, bel endroit et de chouettes images !
    Cordialement.
    http://www.icietailleurs-photographie.com

  5. Jérôme dit :

    De merveilleux clichés !
    Ce doit être un spectacle étonnant.
    Merci pour ce beau partage.

  6. bourganel dit :

    bonjour
    de retour d’une rando au pas énardant et rocher du planay, des randonneurs à la cabane de carette m’ont parlé d’une cabane non signalée sur la carte IGN.
    en faisant des recherches sur le Net, je (re)tombe encore et toujours sur votre site qui en parle.
    Sauriez-vous m’indiquer la position de cette cabane que je n’ai pas vue (en particulier car je ne l’ai pas cherchée, ne connaissant pas son existance) ?

    merci d’avance de votre réponse et au plaisir de partager de nouvelles photos, sur le forum CI ou ailleurs.

    Vincent Bourganel

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