Bivouac à la Dent de Crolles, sangle de la Barrère

DSC_3293_20140619_205058

J’avais ces deux jours une nouvelle petite opportunité de sortir en montagne pour un bivouac, et le temps étant en train de se rétablir il aurait été dommage de la laisser passer.

J’hésitais entre plusieurs possibilités, toutes en Chartreuse pour le temps d’accès plus court.

En priorité c’était donc la Dent de Crolles, où je n’étais jamais allé ; j’espérais d’un bivouac là-haut qu’il me permette de faire de jolies photos du sangle de la Barrère au coucher de soleil.

J’hésitais aussi avec un bivouac du côté du Dôme de Bellefont, en montant par le pas de Rocheplane et en faisant un aller retour sur le sangle des Arches ; mais j’avais déjà eu l’occasion de monter au Dôme de Bellefont donc ça me tentait moins.

J’hésitais aussi avec deux balades de plus grande envergure mais que je préférais faire à la journée pour les défricher avant d’envisager d’y passer de nuit : le sangle du Jardin et la brèche Arnaud à Chamechaude, ou le sangle de Fontanieu et la crête de Malissard.

Toutes ces autres balades seront peut-être pour une autre fois, si l’occasion m’en est donnée, puisque finalement j’ai opté pour le plus sûr et tranquille compte tenu du peu de temps dont je disposais (jeudi après-midi et vendredi matin) : le bivouac à la dent de Crolles.

Il doit être un peu moins de 16h ce jeudi après-midi quand je pars du parking des Ayes. Je remonte vers le col du Coq et je prends le sentier très boueux par endroits qui mène au col des Ayes. Plusieurs constatations : les moutons sont maintenant de sortie, la transhumance est lancée. D’autre part, le ciel est vraiment bien couvert et le versant est de la Dent de Crolles reste pris dans les nuages. Tant pis de toute façon, maintenant que je suis là je continue, on verra bien.

Un peu au-dessus du col je prends la bifurcation qui va vers le Glaz, avec une autre constatation : je trouve que la Dent de Crolles a vraiment de l’allure avec tout ces empilements de barres rocheuses.

Après une grotte où je n’ai pas pris le temps de m’attarder, je commence la montée vers le plateau, qui exploite astucieusement les failles qui se faufilent à travers les barres rocheuses. C’est assez encaissé et jamais vraiment exposé, mais à un endroit je suis à la limite de passer avec mon sac à dos : j’imagine que c’est franchement pénible de croiser un groupe dans tous ces passages… D’autre part, le rocher est vraiment très patiné par endroits ; c’est la première fois que je le ressens à ce point sur un passage (même pour les prises de main qui sont parfois très glissantes). Enfin je débouche aux abords du plateau et une sente part vers le sud, je relis le topo de Pascal Sombardier et aucun doute, c’est le départ du sangle de la Barrère. Ayant le temps je continue un peu pour faire un petit tour sur le plateau.

Puis je redescends et je prends le sangle, qui monte tranquillement sans être bien vertigineux au départ. Après une montée on arrive sous des auvents imposants au pied d’une grande barre rocheuse, et c’est parti sur ce rythme pour une assez longue montée, dans une très belle ambiance (plus dégagée qu’au départ même si ça ne reste pas vraiment vertigineux, peut-être pas assez d’ailleurs : il ne faudrait quand même pas faire le grand saut)… Je me dis que ce sangle me tape vraiment dans l’oeil, je ne l’avais jamais mis en tête des choses à faire peut-être du fait de sa réputation tranquille et je me dis que j’ai eu tort : j’ai vraiment un très grand plaisir à être ici.

Malheureusement la nébulosité reste importante et les rayons de soleil sont rares. L’heure a tourné, et j’arrive maintenant sur le haut du sangle qui tourne vers l’est, avec une trace sensiblement plus aérienne maintenant.

Le froid et le vent sont plus nets, ainsi que les nuages qui passent rapidement en apportant régulièrement des zones de brouillard. Il me reste toujours du temps avant le coucher du soleil donc je poursuis afin de bien reconnaître la fin du sangle jusqu’au sommet de la Dent : j’ai toujours en tête quand même de tenter ma chance plus bas sur le sangle pour le coucher de soleil.

Je rejoins donc le haut du sentier du pas de l’Oeille, dans une ambiance très austère, et je termine la montée (très rapide jusqu’au sommet). J’attends un peu au sommet, dans l’expectative, mais l’impression que j’ai eue sur la fin du sangle se confirme nettement : pour le coucher de soleil ce n’est plus la peine de rêver…

Je traîne toujours quand en moins de 10 minutes les nuages se déchirent et le ciel (presque) bleu revient en force ! C’est vraiment inespéré, je n’y croyais plus. Je profite un moment de la jolie prairie sommitale fleurie que je découvre puis je repars enfin vers le sangle de la Barrère car le soleil baisse.

Je le parcoure un moment et c’est vraiment un immense plaisir de voir tout ça avec un rayon de soleil. Pourtant le ciel est loin d’être tout bleu, les éclaircies ne durent qu’une poignée de secondes avant que l’ombre des nuages ne revienne, et ce n’est même pas encore l’heure des teintes très chaudes de fin de journée. Mais ce n’est pas grave : je me retrouve heureux comme un gosse de voir ces quelques rayons de lumière sur ces belles parois. C’est simple, je crois que la dernière fois que j’ai pris autant de plaisir à faire des photos en montagne, c’était en novembre 2012 au coucher de soleil sur le sangle de Fouda Blanc avec Didier.

Enfin le soleil atteint une couche de nuages beaucoup plus dense qui ferme l’horizon : il devient évident qu’il n’y aura plus rien de mieux à attendre pour le coucher de soleil donc je remonte vers la Dent. Je m’étonne un peu d’ailleurs d’être seul : j’imaginais ce sommet assez fréquenté avec la proximité de Grenoble et son accès assez rapide. Je n’ai vu jusqu’ici que trois jolies filles quand je montais au dessus du col des Ayes et deux hommes qui entamaient le sangle de la Barrère quand je le terminais.

Je grignote rapidement et je monte la tente avec ce vent du nord plutôt pénible. Je fais une dernière tentative au sommet mais il n’y a rien de très intéressant dans les derniers jeux de lumière : je redescends me coucher.

La nuit est mauvaise (ça faisait longtemps), j’avais pris mon sac de couchage le plus léger mais il était un peu juste : au petit matin le thermomètre indique 5°c. Qui plus est, je n’ai pas fait l’effort de chercher un endroit très plat et ça se ressent péniblement toute la nuit.

Je me lève donc difficilement vers 5h, je vois en sortant la tête que des nuages denses ferment l’horizon est mais pour l’instant c’est assez joli : ils sont bien rougeâtres. Je prends une photo à la volée et je remonte vers le sommet pour mieux en profiter mais en arrivant là-haut, les lueurs sont repassées au gris.

Peu de temps après je vois deux personnes qui arrivent. Ils sont sympathiques et on discute un moment (d’autant que l’un est photographe et qu’il connaît le coin comme sa poche et s’apprête à aller observer les chamois) et ils m’offrent même un verre de thé bienvenu avec le froid qui est mordant : j’ai eu l’heureuse idée de prendre les mitaines, j’aurais même pu emmener un bonnet…

Le lever de soleil étant bien voilé et sans grand intérêt, ils partent vers le plateau à la recherche des chamois alors que je redescends un peu car je voudrais me faire une idée de la vire de la face est.

Je trouve rapidement le départ depuis le plateau (qui est d’ailleurs sa sortie dans le topo de Pascal Sombardier) et je la suis un petit moment jusqu’à ce que cela devienne un peu trop scabreux à mon goût. Qui plus est j’avais vu quelque part que la vire est affaissée à un endroit donc je n’avais pas l’intention de la faire. Elle est d’ailleurs tellement en pleine face que cela donne une ambiance « escalade », moins sympathique et variée je trouve que le sangle de la Barrère qui est plus joli.

Je regagne donc prudemment le joli plateau sommital et je rejoins la crête en face sans trop traîner tout de même car le temps commence à être compté (il est déjà plus de 8h et je souhaitais être de retour à la voiture vers 9h). Qui plus est, les nuages commencent déjà à s’amonceler et le plateau sommital bascule à l’ombre. Les nuages étant dans l’axe nord sud au-dessus de l’autoroute, je me dis que ça va durer un moment donc il n’y a plus grand chose à attendre pour la lumière : je reviens au pas de l’Oeille et j’entame la descente. Le pas est assez intéressant quand on voit qu’il arrive à franchir un tel empilement de barres rocheuses assez facilement (mais pour autant, on met régulièrement les mains et comme pour le Glaz ça doit vite devenir pénible en cas de forte affluence)…

Enfin j’approche du col des Ayes et cette fois je croise pas mal de monde qui monte : il est temps de rentrer !

Au final que dire : d’un côté les conditions ont été encore une fois très mitigées pour la photo, mais les quelques éclaircies rapides sur le sangle le jeudi soir me font oublier tout ça et je rentre vraiment content de ce petit bivouac !

Une petite vidéo (3’16) :

Et voici les photos :

La transhumance est lancée !

DSC_3140 20140619_162147

Le sentier du Glaz suit l’empilement impressionnant des barres rocheuses.

DSC_3147 20140619_164924

La bifurcation, et le départ du sangle de la Barrère.

DSC_3168 20140619_173358 DSC_3174 20140619_174917

Le cheminement sous la falaise est beau, quel dommage qu’il n’y ait pas de soleil…

DSC_3178 20140619_180127

Sur la fin du sangle, je croise deux personnes, et les nuages deviennent plus envahissants.

DSC_3203 20140619_184512 DSC_3210 20140619_185116

Enfin je rejoins le sentier du pas de l’Oeille, dans une ambiance austère…

DSC_3217 20140619_190518

Mais petit miracle une demi-heure après : les nuages se déchirent et le ciel bleu apparaît !

DSC_3236 20140619_193207

Je découvre avec plaisir la belle prairie sommitale.

DSC_3245 20140619_193615

Puis je repars sur le sangle. C’est un plaisir énorme avec ces quelques rayons de soleil !

DSC_3258 20140619_200706 DSC_3262 20140619_201418

DSC_3275_20140619_202515 DSC_3280_20140619_203341 DSC_3286_20140619_204230 DSC_3290_20140619_204722 DSC_3293_20140619_205058

Mais le soleil est absorbé sans pitié par les nuages bas, je remonte au sommet et Chamechaude lutte aussi face à la brume…

DSC_3322 20140619_214601

La nuit tombe doucement, les lumières de la vallée s’illuminent.

DSC_3323 20140619_221238 DSC_3338 20140619_222547

DSC_3339_20140619_222733

Je redescends vers ma tente.

DSC_3344_20140619_224029

Le lendemain à l’aurore, les nuages derrière le Mont Blanc s’illuminent un bref instant.

DSC_3348_20140620_053748 DSC_3366_20140620_060832

Mais globalement le lever de soleil est voilé et les lumières restent bien ternes.

DSC_3368 20140620_061513 DSC_3379 20140620_063531

Je replie le reste de mon bivouac…

DSC_3406 20140620_065332

… et je profite encore de la belle prairie sommitale.

DSC_3403 20140620_065109 DSC_3409 20140620_070415

Je fais prudemment un petit tour sur le départ de la vire de la face est.

DSC_3424 20140620_074807 DSC_3421 20140620_074326

Une marmotte peu farouche.

DSC_3438 20140620_081045

Dernier petit tour sur la crête, avant le retour des nuages.

DSC_3440 20140620_082610 DSC_3452 20140620_083639

Publicités
Cet article, publié dans Chartreuse, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 Responses to Bivouac à la Dent de Crolles, sangle de la Barrère

  1. Tu deviens donc aussi un adepte de la Chartreuse. Je t’y souhaite beaucoup de plaisir. Les coins secrets, donc tranquilles sont nombreux. À bientôt.

    • Merci Gérard. Oh je crois que je préfère toujours le Vercors, qui me donne plus une sensation de bout du monde. Mais quand le temps est serré comme c’était le cas ici, c’est vrai que la Chartreuse permet de profiter rapidement de plein de belles choses !

      • Gérard Meyer dit :

        Bonjour,
        Je connais assez bien la Dent de Crolles. Suite à un gros ennui de santé je n’ai plus randonné depuis 3 ans. Je me suis fixé comme objectif d’y retourner, et chose que je n’ai jamais faite bivouaquer. Votre reportage dans sa beauté toute simple contribue à me motiver.
        Amicalement.
        Gérard

      • Merci, et je ne peux que vous souhaiter de le faire alors ! C’est un beau sommet effectivement.

  2. Ping: Dent de Crolles, sangle de la Barrère | Montagne et photographies

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s