A l’affut des tétras lyres…

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Ayant la chance de connaître un ami grand spécialiste des tétras lyres (petits coqs de montagne rares et fragiles), j’avais failli partir avec lui il y a 3 ans pour faire un affut de ces jolis oiseaux. Mais un rhume s’était déclenché quelques jours avant et j’avais dû décliner : une discrétion absolue étant de rigueur pendant la longue durée de l’affut. Et puis les années ont passé et l’idée était tombée dans l’oubli, ayant souvent d’autres projets en fin d’hiver, même si j’avais eu l’occasion de bivouaquer une fois ou l’autre pas trop loin des zones de chant des tétras pour profiter d’un réveil au son de leur chant étonnant.

Et puis cette année l’envie est revenue : je me suis dit que je n’aurais pas toujours l’opportunité de venir essayer de les observer ! Alors rendez-vous est pris avec Pascal (un grand merci à lui !) après qu’il m’ait signalé que le chant a commencé grâce à cette fin d’hiver très douce. Pour l’occasion Didier me prête en plus généreusement son 300mm f4 : une optique bien plus qualitative et lumineuse que mon téléobjectif habituel, ce qui devrait aider pour les photos dont une partie se passe à l’aurore (un grand merci à lui également !). Bref cette fois toutes les chances sont de mon côté : ne reste plus à espérer que l’oiseau soit présent dans son arène, ce qui n’a rien de certain…

Les préparatifs s’enchaînent rapidement : la dénivelée à gravir sera particulièrement élevée à mon goût, le bivouac sera foncièrement hivernal sur neige : il faut essayer de trouver les bons compromis dans les affaires pour ne traîner que ce qui est nécessaire, sans superflu. Parmi les affaires on peut citer le matériel photo : un reflex avec ses accessoires, un trépied, le 300mm (qui a lui seul pèse déjà 1,5 kg), une petite tente légère, des tissus et filets de camouflage, un sac de couchage suffisamment chaud, un livre pour passer le temps dans l’affut, une bouteille vide pour les besoins nocturnes sans avoir à sortir de l’affut, les vêtements adaptés, une paire de raquettes, les repas (le point sur lequel je rogne pour gagner du poids).

L’autre grand paramètre était comme souvent la météo : elle avait été superbe toute la semaine précédent ce week-end, mais comme presque chaque week-end de cet hiver Caplain annonçait une dégradation dans la nuit de vendredi à samedi.

A la dernière prise de la météo néanmoins il reste des espoirs : autant pour le samedi c’est la pluie et la neige qui sont annoncées, autant pour le dimanche plus trace de précipitations : un ciel gris est néanmoins attendu avec un plafond élevé. Le week-end précédent les prévisions étaient bien pires et Pascal était monté tout de même avec finalement une belle journée le dimanche : on se dit qu’il y a suffisamment d’espoir pour tenter le coup ; d’autant que de mon côté les occasions perdues ne se retrouvent pas plus tard : elles sont perdues. Je réalise d’ailleurs avec une certaine amertume que ma dernière sortie avec un bivouac non gâché par une météo douteuse remonte à octobre dernier : depuis cette date, que des annulations en catastrophe pour se contenter d’une petite sortie à la journée dans les meilleurs des cas…

Bref nous voilà donc décidés à tenter notre chance : nous partons du Diois (je ne préciserai pas plus l’itinéraire pour la tranquilité des oiseaux) et c’est parti pour la longue montée. L’avantage de le faire avec Pascal est qu’il est un optimiste perpétuel : « dans 5 minutes le plus dur est fait » !… De mon côté c’est laborieux en tout cas (et pourtant Pascal me prend ma tente), même si jusqu’à 1600m environ la marche se fait sur le sec (enfin je veux juste dire qu’il n’y a pas trop de neige, car autrement nous sommes sous une petite pluie depuis le début). Ensuite la neige est plus fréquente et profonde : à chaque pas la croûte cède et la jambe doit faire l’effort de ressortir le pied du trou creusé. Pour le coup ça devient vite épuisant et même si la neige n’est pas encore constante, on se décide à mettre les raquettes. Tout de suite c’est infiniment mieux, les raquettes font leur petit miracle sur la portance. Je dois dire d’ailleurs que j’ai vraiment eu l’occasion d’apprécier cette fois mes raquettes TSL avec le système « step in », où la fixation est directement intégrée à la chaussure : gain de poids appréciable, quand on marche avec et surtout quand on doit les porter comme pour cette balade où nous avons fait près de 1000m de dénivelée avec les raquettes sur le sac. Seul bémol, les chaussures dédiées n’inspirent pas trop confiance question longévité (même si je n’ai eu aucun souci avec, que ce soit question confort ou étanchéité).

Enfin nous débouchons sur le plateau qui est foncièrement dans la brume ; le seul changement notable est qu’un petit grésil a remplacé la pluie. Nous gagnons l’emplacement de l’affut vers 15h et nous ne tardons pas à tout installer : Pascal me dit qu’il faut être complètement prêt à 17h car il arrive que les tétras regagnent leur place dès la fin de journée. Finalement peu après 16h tout est prêt et je me faufile dans la tente en fignolant bien l’installation de l’appareil comme il continue de neiger et que cela pourrait durer une bonne partie de la nuit. Je suis juste en face de l’arène où les tétras viennent parader habituellement et Pascal est un peu en retrait un peu plus haut.

Le ciel s’est un peu éclairci et on voit bien les falaises en face : je suis plutôt confiant pour le lendemain. En fait je ne le sais pas encore mais la belle journée, c’était ce samedi…

Coincé dans l’affut jusqu’à 10h le lendemain, reste à faire passer le temps. J’ai emmené « la chevauchée des steppes » de  Sylvain Tesson et Priscilla Telmon : c’est finalement plutôt réconfortant de voir que mon inconfort est très relatif par rapport au leur. Le temps passe d’ailleurs assez vite et les vertes prairies de l’Asie centrale me font oublier ma tente sur la neige mouillée battue par le grésil. La luminosité baisse et j’entends quelques bruits sur l’arrière de ma tente : je ne saurai pas ce que c’était.

Vers 19h je pose le livre car la luminosité devient trop faible et je ne tarde pas à m’endormir. La nuit est plutôt correcte, comme souvent en hiver, mais à chaque fraction de réveil j’entends encore la neige qui tombe. Au moins je me dis que cela achèvera de bien camoufler la tente. Enfin je me réveille avec plus de luminosité et je regarde l’heure : 6h20. S’ils viennent les tétras devraient vite se mettre à chanter. Pour l’heure le silence reste complet en dehors d’un peu de vent par moments. Je regarde par l’objectif et ne vois que du blanc. Pour mieux voir et me remettre les idées en place je regarde par la petite ouverture derrière le filet de camouflage mais je ne vois rien : tout est couvert de neige. Je dégage quelques alvéoles et la vision est alors déprimante  : un brouillard bien plus épais qu’hier est installé, je distingue à peine les pins en bordure de l’arène… Vers 7h15 j’entends quelques gloussements de tétras puis une quinzaine de secondes de chant, qui me semble venir de l’arrière gauche par rapport à ma tente. J’espère quand même au moins profiter un peu du chant mais en fait ce sera tout pour aujourd’hui…

Au bout d’un moment je reprends ma lecture et si mes cavaliers aventureux progressent rapidement à travers l’Asie centrale des steppes, mon tétras ne semble pas désireux de faire les quelques pas qui le mèneraient à sa place de chant. Finalement j’entends Pascal qui arrive (et qui pousse la taquinerie jusqu’à glouglouter autour de la tente). A cette heure-ci le tétras est maintenant descendu à la recherche de sa nourriture : nous plions les affuts sous la neige et prenons un rapide petit déjeuner, pendant lequel Pascal se laisse aller à son optimisme invraisemblable « tu vas voir le soleil pourrait bien percer dans 5 minutes »…

Nous faisons alors une balade sur le plateau, toujours plongé dans un brouillard très dense. Même si c’est peu de dire que c’est la déception qui est alors le sentiment qui me domine, j’apprécie néanmoins aussi ces ambiances fantomatiques un peu étonnantes. Je réalise que c’est la deuxième fois que je fais une traversée complète du Glandasse : la première fois (déjà marquante), c’était déjà avec Pascal et comme c’était de nuit je n’avais rien vu, et cette fois, c’est toujours avec Pascal, toujours avec une ambition animalière marquée et déçue, et une nouvelle fois je ne vois rien pour cause de brouillard.

Nous faisons une halte dans une cabane pour déjeuner au sec puis nous reprenons la balade (chose remarquable à noter : même Pascal qui connaît ces coins comme sa poche, y passant presque tous ses week-ends, a fini par se perdre complètement désorienté par le brouillard). Mais grâce aux prouesses des technologies modernes nous ne tardons pas à retrouver notre chemin et nous attaquons la longue descente.

La neige fait maintenant place à la pluie, plus marquée qu’hier. Un passage dans les buis est d’ailleurs particulièrement traître : ces derniers semblent étendre volontairement leurs rameaux sur le chemin pour déverser sur nos jambes leur trop plein. Un peu plus bas je subis une double agression simultanée du sentier : avec une bonne branche en pleine tête que je n’ai pas vue avec ma capuche, pendant qu’une racine accroche traîtreusement mon bâton qui se coince… Mais nous sommes forts et malgré ces attaques ultimes des éléments nous regagnons sans soucis (mais bien boueux) la voiture.

Au final une forte déception donc (et c’est peu de le dire…), d’autant qu’en ce lundi où j’écris ces lignes un ciel bleu immaculé est revenu. Néanmoins l’expérience a été intéressante à plus d’un titre. Si la longue attente dans l’affut a finalement été bien moins fastidieuse que je ne le craignais, j’ai compris aussi qu’une tente affut est vraiment un avantage non négligeable dans ce genre de choses : là j’avais un angle de vision de moins de 90° avec en plus un inconfort important pour m’occuper de l’appareil.

Enfin nous essayerons sans doute de remettre ça en espérant que cette fois la conjonction disponibilité / météo / tétras soit enfin au rendez-vous !

Et maintenant place aux quelques photos :

Chose rarissime : le sac à dos de Pascal dépasse de sa tête ! C’est en effet un randonneur ultra léger accompli (mais je dois avouer que si ça dépasse, c’est car il porte ma tente)… Merci à lui !

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Fin de l’essentiel de la montée, sous le grésil.

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Puis nous débouchons sur le plateau, dans le brouillard et sous la neige.

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Je vous passe les photos du soir et de l’affut ; nous voici sans transition à la balade du lendemain (mais vous ne manquerez pas de noter que, somme toute, la transition est tout en délicatesse)…

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Enfin une forme géométrique humaine sort du brouillard : nous pourrons manger au sec !

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Cette petite séquence est bienvenue du reste.

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Puis nous rentrons, toujours dans la même tonalité…

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4 Responses to A l’affut des tétras lyres…

  1. Cela change des nivéoles printanières. Impatient de vous revoir tous les deux !

  2. Merci Gérard, et oui le contraste m’a fait tout drôle par rapport au jeudi si printanier au milieu des nivéoles du Bugey !

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