A l’affut des tétras lyres épisode 2 – le tétras contre attaque !

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Que dire au-delà de ce titre un peu facile ?

La possibilité était offerte de retenter un affut avec Pascal ce week-end, aussi j’ai scruté avec un mélange d’attention et de fébrilité les prévisions météo au cours de la semaine précédente. Mais après cet hiver et ce début de printemps particulièrement médiocres il semblait bien que oui : le temps superbe de cette semaine allait se prolonger au moins jusqu’au week-end, avec juste un bémol pour le samedi.

Depuis l’affut précédent qui s’était terminé par un échec pitoyable, j’avais quand même pris conscience qu’il y avait des évolutions importantes à apporter à notre organisation, surtout en remplaçant la tente standard par une tente dédiée à l’affut permettant d’observer de tous côtés. Malheureusement la tente adéquate n’existait pas (la seule que nous ayons trouvée permettant d’y dormir étant bien trop lourde et trop chère). Pascal a eu l’excellente idée de se dire que l’on pourrait peut-être adapter une tente de type surplus militaire : en général ce genre de chose n’est pas trop cher donc il y a moins de risques à y faire du « DIY » (pour les non initiés : Do It Yourself) pour des pieds niquelés du bricolage et de la couture comme nous. Et en cherchant un peu dans les nombreuses boutiques virtuelles de type surplus, nous sommes tombés sur LA tente parfaite : 1,6 kg, coloris camouflage et 40 euros ! Je me renseigne un peu auprès d’une spécialiste du DIY qui s’est déjà fait ses tentes, doudounes et sacs de couchage et j’en conclus que sans faire quelque chose de merveilleux, on devrait pouvoir s’en sortir. Nous passons commande d’un exemplaire chacun et c’est parti pour des soirées couture interminables : découpage des fenêtres, ourlets, découpage des « volets » pour les fenêtres, re-ourlets, fixation des volets et des velcro pour permettre la mobilité de tout ça. Et le vendredi soir, même s’il reste pas mal de petites choses à améliorer, l’essentiel est fait.

Je prépare donc le sac en vue de retrouver Pascal ce samedi dans le Diois comme il y a 3 semaines, en gagnant tout de même une heure sur l’horaire puisqu’entretemps nous sommes passés à l’heure d’été. Je pars de Lyon sous de petites averses mais en avançant dans la Drôme c’est un ciel bleu parfait qui s’installe. Autant pour la tentative précédente il s’agissait de faire un plongeon dans l’hiver, autant cette fois les conditions sont franchement estivales. Les plaques de neige éparses ne font leur apparition qu’à l’arrivée sur le plateau ; qui plus est la neige tient très bien : nous aurons finalement porté les raquettes juste pour leur faire prendre l’air !

Avec pas mal d’avance sur la sortie précédente nous arrivons sur le site et nous pouvons prendre le luxe de pique niquer au soleil sur le sec : c’est divin ! Puis nous préparons l’installation des affuts : le mien est légèrement au nord-est de l’arène et Pascal se met sous des arbres un peu en retrait, car il souhaite aussi profiter de l’occasion pour repérer l’arène d’un autre coq qui chante à proximité. Un peu après 16h je me faufile dans la tente et c’est parti pour l’attente, plutôt agréable avec ce temps superbe. Je ne tarde pas à apprécier fortement les ouvertures latérales qui permettent d’observer toute la vie qui se déploie à côté, notamment un couple de merles à plastron qui s’activent. Je remarque au passage que les velcro que je n’ai pas eu le temps de coudre vont me manquer car le vent plaque violemment les volets par moments : pas idéal pour la discrétion ! Heureusement ma femme m’avait passé quelques barrettes à cheveux avant de partir qui me sauvent la mise en permettant de fixer à peu près tout ça ; le seul bémol étant qu’il faut que j’évite de faire bouger l’ensemble avec les objectifs car ça ne tient pas très bien. J’organise aussi précisément que possible mes affaires pour éviter de faire du bruit pour la suite (dans le silence de la montagne le moindre froissement du nylon semble provoquer une cacophonie épouvantable…) et une fois que tout me semble prêt je me replonge dans la chevauchée des steppes de Sylvain Tesson et Priscilla Telmon, qui sont maintenant arrivés à Samarcande.

J’alterne les observations des petits oiseaux qui passent et du paysage qui se colore peu à peu en suivant le jour qui baisse : bien belle ambiance ! Je suis tiré de ma lecture brusquement par un bruit de mouvement d’air important et en regardant je vois qu’un gros rapace tournoie juste au-dessus du site à faible altitude ; il me semble que c’est un gypaète barbu. Plutôt impressionnant en tout cas ! Enfin l’obscurité devient trop forte : je ferme le livre et avec le beau temps je laisse les volets ouverts.

Je ne tarde pas à m’endormir et à bien dormir avant d’être réveillé en fin de nuit. Un quartier de lune éclaire la montagne, je distingue les étoiles par les fenêtres et j’entends une chouette de Tengmalm qui chante avec assiduité. Je me dis que j’ai ainsi le meilleur des deux mondes : le confort d’une tente et l’ambiance d’une nuit à la belle étoile…

Je me réveille à nouveau un peu avant 6h du matin avec la clarté qui précède l’aurore. Pascal m’avait prévenu que le tétras serait sans doute sur l’arène vers 6h15 – 6h30. Je mets tout de suite en place le trépied et l’appareil pour éviter autant que possible tout mouvement et tout bruit quand l’oiseau sera là. Et l’attente se prolonge : 6h15, 6h30, toujours rien… Enfin j’entends quelques gloussements assez brefs en léger contrebas de l’arène ; va-t-il y monter ? Oui ! Soudainement son vol lourd déchire le silence matinal et il vient se poser sur l’arène à quelques mètres : je ne respire plus et pour l’instant je ne risque qu’un œil par la meurtrière. Il commence alors sa parade : il roucoule en s’abaissant pour bien mettre en évidence les plumes blanches de son postérieur et tourne ainsi pendant quelques secondes avant de se redresser, scruter attentivement les environs et faire alors un petit bond en gloussant. Puis il recommence son manège.

Je risque quelques photos en évitant juste le moment où il est très attentif avant le gloussement. Au départ l’obscurité est encore marquée donc à 1600isos au 400mm avec 1/15ème de seconde les résultats sont aléatoires. Mais heureusement la luminosité monte rapidement avec le taux de réussite en corollaire. J’aimerais bien varier mon cadrage en raccourcissant la focale mais je crains trop de provoquer la catastrophe avec la tenue de mes volets encore aléatoire donc je m’abstiens et reste en plan serré au 400mm. J’entends au bout d’un moment un autre roucoulement en contrebas du côté de Pascal, et je vois que mon tétras y est très attentif pendant ses périodes de pause.

Le soleil se lève : le contraste devient plus délicat à gérer au contraire du temps de pose qui devient confortable. Insensiblement après le lever du soleil, l’oiseau qui était resté au même endroit depuis le départ commence à bouger doucement vers les pins à crochet à proximité, puis tout à coup s’envole pour aller se mettre sur le haut d’un pin un peu plus loin en direction de l’autre tétras qui chante, avant de redescendre plus loin quelques instants après. Je comprends que ce sera tout pour aujourd’hui : je suis un tout petit déçu que ce soit déjà terminé et de ne pas avoir osé changer d’objectif pour tenter des photos de la scène au grand angle, mais je suis surtout encore complètement sous le charme de ces instants.

Ce sont les merles à plastron qui prennent le relais alors que je reprends ma lecture : Pascal m’a effectivement expliqué que les tétras peuvent rester un moment à proximité avant de redescendre en contrebas pour la journée donc j’attends son feu vert. L’ambiance est toujours aussi sympathique durant ce petit matin en montagne. Enfin vers 10h nous sortons et replions les affaires : il me faut quelques efforts pour dégager les ancres à neige bien coincées dans la neige gelée.

Nous grignotons rapidement à la chaleur réparatrice du soleil puis retournons faire une traversée de la crête du Glandasse et cette fois enfin, je profite pleinement du paysage. Nous montons au Pié Ferré et redescendons par quelques passages que Pascal connaît et qui sont habituellement fréquentés par les ongulés, mais pas grand chose pour cette fois.

Enfin après le pique-nique vient l’au-revoir à Pascal : je redescends dans la vallée alors qu’il reste encore plusieurs jours là-haut pour poursuivre ses observations. Encore vraiment un très grand merci à lui pour le partage de ses connaissances, je n’aurais évidemment jamais pu voir l’oiseau comme ça autrement !

La longue descente du retour est sans histoires, à ceci près que la chaleur du Diois est vite marquée et qu’ayant épuisé mon eau je passe la descente à fantasmer après une flûte de clairette de Die fraîche. Pour l’anecdote du reste en repassant par Die je vois que la boutique de la cave Jaillance est ouverte et je ne manque pas d’y repasser pour reconstituer les réserves avant de rentrer…

Voilà donc la fin de ce bel épisode, il me reste maintenant à peaufiner l’affut en vue de préparer un épisode 3 si les conditions et les plannings le permettent. A suivre !

Voici une vidéo et place aux photos !

Rude montée sur les chemins du Diois.

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Un traquet motteux en débouchant sur le plateau…

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Ambiance sur le plateau.

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Le grand visiteur du soir : un gypaète barbu juvénile.

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Le jour baisse et les ombres s’allongent…

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Enfin le lendemain matin c’est le grand moment avec la parade du tétras lyre : laissons lui la place nécessaire car cette balade était pour lui !

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Pascal en observation…

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Les merles à plastron s’activent…

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Puis nous partons en balade pour traverser la crête du Glandasse ; nous croisons un skieur de rando nordique, il reste en effet de quoi en faire.

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Nous arrivons au Pié Ferré.

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Les vautours fauves prennent leurs ascendances…

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Dégradé de montagnes.

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Encore un vautour fauve.

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Un profil rugueux à la Gérard Depardieu, non ?

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Un pique-nique réparateur avant de descendre.

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Quelques bouquetins au passage.

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Les marques d’autres visiteurs…

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4 Responses to A l’affut des tétras lyres épisode 2 – le tétras contre attaque !

  1. *V* dit :

    Magnifique série, quelle chance d’avoir observé ce bel animal ! Joli coup pour le gypaète également 🙂

    • Merci !
      J’ai surtout eu la chance de bénéficier des grandes connaissances des tétras d’un bon ami. 😉
      Pour les gypaètes c’est un coin où il peut y en avoir régulièrement : ils ont été réintroduits dans le sud Vercors il y a quelques années.

  2. Dubois Laurent dit :

    Bonjour Cédric
    Mon rêve toujours pas réalisé en tant que photographe amateur en animalier de prendre ces tétras .
    Très beaux clichés !!
    Au plaisir d’une dent de Crolles .

    Laurent

    • Bonjour Laurent,
      Merci ! C’était une belle opportunité avec un ami qui en est grand connaisseur.
      Et du coup j’ai passé toutes mes sorties de printemps avec les tétras (j’y étais encore une dernière fois ce matin) ; ils vont me manquer !

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