Grand Ferrand et Tête de Vallon Pierra : un bivouac au coeur du Dévoluy

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J’avais eu envie de profiter des beautés du Dévoluy cet automne et j’avais tenté, début septembre, un bivouac aux abords de la Tête de Vallon Pierra. Malheureusement ce week-end là, un brouillard dense qu’accompagnait un violent vent du nord n’avait pas lâché les crêtes et j’étais rentré de nuit, au mieux.
L’automne s’est avancé : le 1er week-end de novembre, la météo était exceptionnellement belle mais je n’ai pas pu en profiter pour faire un tour dans mes chères montagnes et je me suis dit que c’était sans doute la dernière occasion avant l’hiver qui venait de passer.
Mais non : pour le week-end suivant c’est de nouveau un superbe anticyclone qui s’est invité, avec un ciel très pur, et cette fois j’ai pu en profiter…
Les résidus de neige tombée un peu plus tôt dans la saison étant désormais insignifiants, je me suis dit que c’était l’occasion de retourner dans le Dévoluy, pour achever cette randonnée tronquée de septembre.
Départ à nouveau de Saboyer, dans le vallon de la Jarjatte. La randonnée débute en même temps que celle d’un jeune couple qui part pour le vallon avec ses deux petits, dont l’un fait une colère absolument monumentale. Cela me rappelle les années douloureuses où nous emmenions aussi en rando les enfants portés en sac à dos, mais que j’avais fini par arrêter car le plaisir de la balade était passé sous le déplaisir du portage trop lourd. Au moment d’attaquer la montée dans le ravin du Fleyrard, cette pensée me réconforte sur ma situation actuelle et mon sac à dos n’en devient que plus léger, alors que les hurlements de l’enfant résonnent encore dans le vallon…
Sur la carte la pente du ravin du Fleyrard n’inspire pas grand chose de bon : c’est raide et tout droit sur 300 m de dénivelée. Je l’emprunte néanmoins pour mieux comprendre après coup ma descente de nuit de mon dernier passage, je me dis également que c’est le genre de chose que je préfère en montée qu’en descente, et enfin les journées étant maintenant bien plus courtes il vaut mieux aller au plus rapide si je veux avoir le temps de profiter ce soir de l’arête entre le Ferrand et la Tête de Vallon Pierra.
Je débouche au lac du Lauzon où il y a quelques personnes, sans que ce ne soit la foule. La journée est effectivement superbe et la veste est rangée dans le sac à dos depuis longtemps.
Je prends le pique-nique, satisfait d’être dans les temps que je m’étais fixé, et j’entame la montée au col de Charnier (au-dessus duquel planent toujours les vautours, cela va sans dire)…
Je croise quelques personnes dans la montée et je leur pose la même question : reviennent-ils du Ferrand et si oui, est ce que la voie d’accès est déneigée ? J’ai l’intention en effet d’y monter le lendemain pour le lever de soleil mais comme je ne l’ai jamais faite et que je devrai la parcourir de nuit, j’aime autant ne pas rajouter des difficultés supplémentaires d’autant que le parcours présente certaines portions délicates (le livre de Pascal Sombardier parle de gradins exposés ; NB : ce livre est désormais épuisé malheureusement, on ne le trouve que d’occasion sur internet ; on peut aussi noter qu’au vu des tarifs pratiqués pour ces occasions les livres de Pascal Sombardier sont un meilleur placement que les produits phares des institutions financières…). Malheureusement personne ne sait me répondre, et je m’en tiens à la photo que Guillaume m’a montrée il y a peu et où l’on voit la face du Ferrand bien déneigée en apparence.
Au delà du col de Charnier le calme presque complet revient et je monte tranquillement. Je finis par croiser un dernier randonneur en arrivant sur le haut du vallon Froid et comme il descend du Ferrand je lui pose aussi ma question. Il me confirme qu’il n’y a plus de neige sur le parcours et il me précise un peu où serpente la voie normale.
J’atteins mon lieu de bivouac un peu après 15h, juste sous la crête où les aplats herbeux sont nombreux. Je plante la tente en même temps que les derniers rayons de soleil me quittent. Heureusement que je suis parti assez tôt ce matin car je n’ai finalement pas beaucoup de temps pour flâner.
Dès le bivouac installé je file sur la crête et je monte tranquillement vers la Tête de Vallon Pierra, en faisant pas mal de pauses photo au gré des envies. Il y a tout de même un peu de vent mais autrement, quelle douceur incroyable pour la saison et cette altitude !
Les derniers rayons de soleil sont contrariés comme souvent par des voiles nuageux qui bordent l’horizon, mais ces mêmes voilent s’illuminent d’un rouge intense une fois le soleil couché qui éclaire le Ferrand d’une jolie teinte rosée. Je scrute attentivement le versant du Ferrand qui est impressionnant vu d’ici ; je réalise avec la carte que mon bivouac est pile à mi chemin en distance entre le Ferrand et la Tête de Vallon Pierra, mais il y 350m de dénivelée pour le premier et 100m pour la seconde. Demain à l’aurore la pente à monter sera bien plus raide…
Je regagne mon bivouac heureux : l’objectif principal de la balade qui était de faire de belles photos du ferrand au coucher de soleil est atteint. L’inconvénient de l’époque est qu’il fait nuit à 18h, je me faufile rapidement dans le sac de couchage pour reprendre la lecture, et quel meilleur endroit que le Dévoluy pour lire le désert des Tartares ?
J’ai emmené pour l’occasion la petite flasque de Chartreuse et c’est sur cette note sucrée que je démarre la nuit.
Je suis réveillé vers 22h30 par des grondements sourds et l’inquiétude me gagne aussitôt : un orage ? Cela semble étonnant car le ciel semblait si pur, mais d’un autre côté ces grondements qui se répètent viennent bien de quelque part… Enfin leur régularité me fait penser à un feu d’artifice, mais je n’ai pas le courage et la curiosité de me lever pour m’en assurer (bien que le son étouffé ne vienne sans doute pas du coeur du Dévoluy, seule vallée que j’ai sous les yeux).
Cela faisait longtemps que je n’avais plus dormi aussi mal en bivouac, et je suis réveillé quand le la montre sonne à 5h45. Je me prépare rapidement et je sors : le ciel est parfaitement limpide, avec une Lune qui montre sa lumière cendrée et une planète qui brille intensément à côté.
Avec le faisceau de la frontale je monte rapidement pour récupérer la bande herbeuse qui permet d’éviter une partie du pierrier. Je continue la progression tranquillement et j’arrive aux premiers escarpements qui franchissent la barre rocheuse qui ceinture le bas du Ferrand. J’y vois diverses traces de peinture : c’est bon je suis sur la bonne piste. Quelques pas d’escalade facile permettent de franchir la barre. Je ne vois rien de très flagrant au-dessus aussi je poursuis la montée dans les gradins sur la gauche, dans le prolongement du couloir.
Seul bémol : j’imaginais qu’avec la fréquentation les gradins seraient bien déblayés mais ce n’est pas trop le cas, ils sont recouverts de quantité de petits éboulis.
La clarté du jour devient bien meilleure et je vois sur la droite l’arête qu’il me faut gagner, je la rejoins prudemment en prenant garde à tout dérapage éventuel.
Enfin j’y suis et je vois le final : assez impressionnant tout de même avec plusieurs ressauts assez exposés à franchir (du reste il y a un ou deux spits au-dessus de ces ressauts et avec des enfants je n’hésiterais vraiment pas à sortir le matériel d’assurage).
Je termine donc la montée avec une grande prudence et je parviens au sommet dans une douceur assez incroyable : à ce régime les petits résidus de neige au sommet ne devraient pas durer…
J’ai un peu d’avance sur le lever de soleil et je vois qu’il ne devrait pas être exceptionnel, quelques résidus nuageux barrant l’horizon.
Le soleil se lève assez timidement, le vent se renforce et je traîne un peu au sommet. C’est effectivement un joli belvédère sur le Dévoluy, le seul inconvénient étant qu’il domine tellement ses voisins immédiats que ça n’est pas très photogénique.
Je ne vois toujours personne en arrivée depuis le col de Charnier mais je commence à redescendre, souhaitant profiter du retour pour flâner de la Tête de Vallon Pierra à la Tête du Lauzon.
La descente au soleil me permet de mieux me rendre compte de la voie que la montée nocturne et il n’y a pas à dire, l’itinéraire n’est pas à sous-estimer à mes yeux, d’autant que l’on peut facilement faire partir des pierres. Je crains légèrement de retraverser les gradins recouverts d’éboulis pour atteindre le ressaut rocheux le plus bas quand je me rends compte que j’y suis : je réalise alors qu’à la montée je n’ai pas vu un gros cairn sur la droite à la sortie du ressaut.
Du coup le plus dur est fait et je ne tarde pas à regagner le haut de la bande herbeuse où je fais une petite pause : les vautours tournent à proximité, et cette fois des randonneurs entament la montée.
Je coupe pour rejoindre mon bivouac au plus vite et je range tranquillement les affaires, avant de remonter sur l’arête qui mène à la Tête de Vallon Pierra. Je redescends alors en suivant les crêtes vers la Tête du Lauzon (je repasse du coup à mon lieu de bivouac de 2008, moins bien placé que celui d’aujourd’hui), d’où je regagne le col de Charnier et le lac du Lauzon.
Il fait chaud et la fatigue se fait sentir : je m’allonge en enlevant la veste et après quelques pages de lecture je m’endors…
Des voix féminines à proximité me réveillent : un petit groupe passe et redescend le ravin du Fleyrard. J’ai envie de l’éviter pour ma part donc je remonte légèrement pour redescendre plus paisiblement vers le col de la Croix.
L’ambiance est toujours extraordinairement douce et je regagne sans problème la voiture.
Au final une randonnée faite à l’improviste un peu inespérée (jusqu’à la veille du départ, dans ma tête l’automne était fini et il fallait maintenant attendre la neige), mais je suis ravi d’avoir eu l’occasion de remonter là-haut.
Et maintenant place aux photos !

Après un moment sur la piste le long du lit du torrent, le sentier s’élève vers le Fleyrard.

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Peu avant d’arriver à la cabane du Fleyrard, le sentier gagne la croupe herbeuse derrière le torrent et s’élève brutalement jusqu’au lac du Lauzon.

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L’avantage de cette montée, c’est que le Lauzon apparaît rapidement.

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Il faut ensuite gagner le col de Charnier, sur la gauche de la photo.

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Une fois arrivé au col de Charnier, le vallon Pierra se dévoile, avec la Tête sur sa droite.

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Un sentier contourne la Tête de Vallon Pierra pour rejoindre le Vallon Froid.

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Et le Ferrand se dévoile peu à peu.

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Les vautours au rendez-vous : un randonneur est justement sur la voie…

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Il est un peu plus de 15h30 : je pose mon bivouac sur le haut du Vallon froid, déjà à l’ombre.

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Puis je gagne l’arête et je remonte tranquillement vers la Tête de Vallon Pierra.

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Du sommet, la vue vers le sud.

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J’ai un peu le temps, les conditions et les lumières sont agréables : je multiplie les pauses photo.

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Tel Drogo sur les remparts du fort Bastiani, je me sens aux abords du désert des Tartares… Y a-t-il un meilleur endroit pour le lire ?

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Le soleil baisse et il y a des voiles nuageux sur l’horizon : il est temps de se remettre aux photos car la lumière et les couleurs changent très vite.

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Les voiles roses illuminent à peu près l’ensemble du paysage tout en réduisant les contrastes : c’est plutôt agréable.

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Le ciel du côté des Trois Becs.

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Le Ventoux se prépare à veiller sur la nuit.

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Je me dis que c’est terminé pour ce soir, mais les voiles nuageux éclairés encore très vivement éclairent toujours bien le Ferrand.

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Après une nuit pénible et inconfortable, je suis donc arrivé en haut du Ferrand un peu avant le lever de soleil, après une montée nocturne et mystérieuse… Hélas le lever de soleil est bien gâché par un voile assez dense sur l’horizon.

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Doucement les montagnes s’éveillent. Sur le Vercors le secteur de la Montagnette et de la Croix du Lautaret émerge au soleil alors que l’essentiel des hauts plateaux reste à l’ombre.

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La barrière du Vercors s’illumine.

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Le soleil devient plus franc, je profite de la vue sur le Dévoluy et l’Obiou.

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Les montagnes du Diois s’éclairent à leur tour.

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La cabane où je passerai ma retraite…

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L’Obiou, presque débonnaire vu d’ici…

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La Tête de la Cavale, et le Malpasset à droite.

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La Tête de Vallon Pierra.

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Contrastes dévoluards.

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L’heure tourne, je me prépare à redescendre.

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Je mets pas mal de photos de la descente pour aider à se rendre compte ceux qui seraient tentés par la balade.

Premières difficultés depuis le sommet : descendre ce versant. Rien de difficile techniquement mais c’est impressionnant et il faut absolument éviter une chute. Il y a quelques spits si besoin : avec des enfants je n’hésiterais pas à sortir le matériel d’assurage…

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L’un des passages avec les mains (l’un des rares où il y a assez de recul pour poser l’appareil photo ; on ne se rend pas trop compte là mais sur le bas la pente reste très raide : il ne faut pas tomber même si c’est facile).

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On continue à descendre des gradins, parfois clairement avec les mains et parfois avec moins de pression en dehors du dérapage éventuel dû aux éboulis.

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Sur la petite arête qui descend du sommet vers l’est, on trouve des jolis points de vue sur le Chourum Olympique, où des chamois batifolent.

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Puis une autre volée de gradins exposés permet de rejoindre le haut des premiers escarpements rocheux à franchir à la montée.

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Ceux ci sont plus encaissés et moins délicats.

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On se retrouve ainsi rapidement sur le haut du pierrier à dévaler.

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Les vautours me guettent, mais ce ne sera pas pour cette fois…

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Les premiers randonneurs du jour arrivent sur le bas du vallon.

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Les grands pierriers me ramènent rapidement à mon bivouac dans le Vallon Froid. J’en profite pour faire une petite pause et prendre le petit déjeuner…

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Pendant ce temps pas mal de randonneurs se lancent dans la montée.

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Certains ont déjà franchi les premiers escarpements…

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… et d’autres sont au pied des seconds.

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Je remonte de nouveau vers la Tête de Vallon Pierra.

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Puis je redescends de l’autre côté vers la Tête du Lauzon et ses crêtes.

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Un aperçu des Petites Charances et de la Cavale, où j’ai sans doute fait la randonnée la plus belle de ma vie

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Puis je poursuis sur l’agréable crête de la Tête du Lauzon.

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Et je reviens ainsi aux abords du col de Charnier.

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Dernier regard vers la Tête de Vallon Pierra.

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Et je descends le col de Charnier.

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Les rochers de la Tête du Lauzon.

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La descente vers le col de la Croix.

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Et j’arrive au col de la Croix, c’est presque la fin de la balade. Je suis heureux et fatigué !

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