Quitter le Mont d’Or et Lyon…

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Un article un peu atypique pour une fois, car le sablier de la vie s’écoule inexorablement et notre temps en région lyonnaise s’achèvera dans quelques mois.

Ce n’est pas une surprise : nous savions en arrivant que le séjour ne serait vraisemblablement que de quelques années, mais comme toujours l’échéance nous semblait alors bien lointaine et surtout elle restait floue, donc un peu incertaine.

J’ai une appréhension de ce moment car je sais que les dernières balades entre cabornes, pierres dorées et carrières seront un déchirement.

Je quitterai sans tarder mon lieu de travail actuel : si ce quartier défraîchi de Villeurbanne ne m’a pas fait rêver au départ, je me suis attaché à ce bureau qui m’offrait régulièrement de belles échappées visuelles vers les Alpes par temps clair ou vers les tours de la Part-Dieu, Fourvière et les monts du Lyonnais, avec plus d’une fois de beaux levers ou couchers de soleil… Je me suis aussi bien attaché à mes collègues de travail, après plus de cinq ans avec eux.

Pour la famille l’arrachement sera certainement aussi douloureux : le petit dernier (huit ans) m’a dit récemment « Papa, je rachèterai la maison quand je serai grand »… Pour lui cette maison restera sans doute comme celle de son enfance. Je me rappelle qu’à cinq ans mes parents ont déménagé. Etant considéré comme trop petit j’étais resté à l’appartement pendant que ma sœur aînée les avait accompagnés pour découvrir la nouvelle maison. Elle en était revenue absolument enthousiaste : « c’est merveilleux, il y a même un ruisseau au fond du jardin ». Je me rappelle avec une grande précision l’image que cette description m’a évoqué : une simple cabane en bois dans une jolie prairie au milieu des bois, avec un petit torrent coulant à proximité et je m’imaginais déjà poser mes bateaux dans la rivière pour les voir suivre le courant dans l’eau claire. Autant dire que j’avais été très déçu en découvrant la réalité peu après : une maison dans un lotissement immense et sans âme, avec pour ruisseau une pauvre tranchée servant à évacuer les trop pleins d’eau boueuse lors des grosses pluies… Je réalise qu’avec sa petite source d’eau claire qui traversait le jardin, notre maison dans le Mont d’Or m’a un peu ramené à mon rêve d’enfant.

Il y a tout de même au moins une contrepartie positive : j’apprécie encore plus qu’avant les petites choses insignifiantes auxquelles on ne prête plus forcément attention, aspirés par le quotidien et l’habitude.

Il pourrait y avoir une multitude d’exemples : le rayon de soleil matinal qui vient frapper l’église sur la colline qui nous domine, la buse qui crie dans le ciel alors que j’ouvre les volets d’un enfant au petit matin, ou parfois un chevreuil qui regagne prudemment le couvert des bois dans ces mêmes circonstances, la salamandre que j’attrape délicatement pour la poser dans l’herbe les soirs de pluie alors qu’elle flânait sur la voie d’accès à la maison avec sa démarche lente et pataude, le pic noir dont le cri déchire les bois alors que j’avance sur une sente perdue, la visite inhabituelle d’un héron qui vient faire une pause sur un cyprès, la chouette hulotte qui hulule à proximité alors que j’écris ces lignes, ou encore plus simplement les mésanges qui pépient en nombre…

Je réalise que c’est une chance absolument incroyable d’avoir pu vivre toutes ces années dans un tel cadre, à seulement quelques kilomètres d’une grande ville telle que Lyon. Cela me rappelle d’ailleurs mon étonnement lorsque j’ai débouché la première fois du vallon d’Arche de Saint Romain par une belle matinée ensoleillée : j’avais l’impression de me trouver dans une petite clairière paradisiaque des Alpes, alors que j’étais à moins de dix kilomètres du centre de Lyon et que je n’avais croisé personne de la matinée !

J’avais eu la même sensation d’ailleurs la première fois que nous sommes montés dans le Mont d’Or, de Neuville à Poleymieux en passant par Curis : le vallon qui s’ouvre derrière Curis m’avait semblé d’une tranquillité comme celle que l’on ne trouve que dans certaines vallées paisibles de montagne…

Assez paradoxalement, je suis né à côté de Lyon, par accident, mais enfant je me suis toujours considéré comme lyonnais alors que je ne connaissais absolument pas la ville. Je me suis du reste largement passionné au primaire pour les aventures des Six Compagnons (de Paul-Jacques Bonzon), une bande de jeunes enfants de la Croix-Rousse qui démêlait des intrigues policières dans la région et je cherchais avec passion sur les cartes les rues et tous les endroits de leurs aventures.

J’étais donc d’autant plus heureux de pouvoir découvrir cette ville lorsque nous sommes arrivés en 2010 et là-encore je l’ai trouvée fabuleuse : une promenade dans le vieux Lyon, en franchissant les lourdes portes qui donnent accès au paradis des cours intérieures de la renaissance ou des traboules, est un voyage dans le temps captivant, même pour quelqu’un qui n’a aucune culture en architecture comme moi.

Et puis il y a les Alpes : je ne m’étends pas sur ce sujet comme les promenades en montagne, l’une de mes grandes passions, ont été la raison d’être de ce site. En arrivant je n’avais qu’une peur : me dire que nous avions tout le temps et laisser l’usure du quotidien prendre le dessus, avec la paresse du confort de la maison l’emportant sur l’austérité du sac à dos trop lourd et de la mauvaise nuit sur un sol trop dur.

Je me suis efforcé de garder un cap d’au moins un saut en montagne par mois. Je n’ai pas réussi à le tenir avec les trop nombreuses contraintes familiales ou plus souvent encore météo.

Néanmoins, avec une cinquantaine d’articles publiés sur ce site concernant des balades en montagne depuis trois ans, je me dis que ça n’a pas été si mal et j’ai eu l’occasion de faire de nombreuses randonnées que je rêvais de faire depuis bien longtemps. Cela m’a aussi donné la richesse d’en partager avec de nombreuses personnes desquelles j’ai gardé un excellent souvenir : Pascal de Valence bien sûr qui est souvent apparu sur ces pages, mais aussi Gaëlle, François, Gérard, Didier, Guillaume, Pascal Sombardier, Bernard, Caroline, Pierre, Philippe, Eric et Jérémy.

Cet article ne se veut pas un adieu : il nous reste encore quelques mois même si les préparatifs m’empêcheront peut-être de refaire des bivouacs, et de retour à Paris j’essayerai de continuer à garder la motivation pour revenir user mes chaussures sur les sentiers du Dauphiné…

Comme à mon âge suffisamment avancé on ne se refait plus, je ne terminerai pas cet article sans quelques photos qui illustrent l’une ou l’autre de ces réflexions…

Le Mont d’Or : une tranche de vie importante pour la famille et un jardin paradisiaque pour les enfants.

En arrivant en 2010, et 6 ans après pour le départ…

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Un bureau qui m’a offert parfois de belles perspectives sur mes chères montagnes.

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Les rayons de soleil qui viennent éclairer la colline au matin…

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Je ne reviens pas sur les petites promenades innombrables dans le Mont d’Or, qui font l’objet d’une page dédiée.

Lyon : une ville superbe avec son patrimoine, ses traboules et ses nombreuses perspectives.

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Pascal, qui m’aura embarqué dans tant de randonnées improbables, où nous aurons bien rigolé même si j’y ai aussi souffert tant il est inépuisable…

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12 Responses to Quitter le Mont d’Or et Lyon…

  1. Pastelle dit :

    Une bien jolie note. Plaisir à te lire autant qu’à regarder les photos.
    Elle se trouve où, la caborne de la première image ?

    • Merci ! La caborne est tout simplement l’une des premières sur le sentier des cabornes de Poleymieux, sur le haut d’un petit carré de vigne (juste en contrebas du chemin du chêne).

      • Pastelle dit :

        Merci. A Noël j’ai un ami qui vient et qui aime bien marcher, on ira faire ce sentier des cabornes. Si tu as d’autres conseils de balade dans le coin je suis preneuse ! 🙂

      • Le sentier des cabornes est plutôt sympa en effet : c’est un peu la balade tranquille des familles ! 😉

  2. Bonjour Cédric,

    Je ressens ta grande nostalgie à la lecture de ton billet. Le temps passe et la vie à des détours parfois inopportuns. De mon côté je regretterais de ne pas avoir suggéré une sortie cette automne pour profiter tous les trois avec Pascal de ce Vercors que nous aimons découvrir toujours un peu plus.
    Pour toi, Paris n’est finalement pas si loin de Villard-de-Lans avec la possibilité d’un « pied à terre » pour les vacances ou un weekend à rallonge. Cela sera l’occasion de partager une balade.
    Bon courage à toi et ta famille. Et à bientôt. Donne de tes nouvelles
    Amicalement, Gérard

  3. Phlippe dit :

    ah évidemment ce que tu écris me parle… moi qui doit vivre a dose homéopathique cette passion pour ces montagnes et particulièrement le massif du Vercors…tout en étant bloqué pour raisons familiales a Paris. C’est très chouette d’avoir eu conscience de ce privilège (et donc d’en avoir bien profité) d’avoir vécu 5 ans (si je compte bien) a une heure ou deux de route de tous ces endroits magnifiques. Et Valence n’est qu’a 2h15 de Paris en TGV 🙂
    et Bienvenu a Paris 🙂

    Philippe

  4. Alex dit :

    Je n’ai jamais posté de commentaires, mais chaque fois que je me rends à la montagne (habitant sur Paris), ce site est une source d’inspiration pour moi. Il l’a été encore ce soir. Un grand merci à vous !

  5. scal dit :

    Bonjour Cédric

    Ah ces pages qui tournent puis se referment, on y laisse toujours un peu de soi, alors elles garderont bien au chaud ces bons moments passés ensemble.

    Ton retour sur Paris ne m’inquiète pas trop, je sais ton regard sur toutes ses petites choses qui sans bruit, font le grand tout, et que tes photos illustrent merveilleusement. Et nul doute, que là haut tu sauras aussi bien les saisir que par ici.

    Et puis le Vercors n’est pas si loin, et bonne nouvelle, normalement il ne devrait pas trop bouger !

    Le meilleur à ta famille et à toi pour aborder ce nouveau chapitre . A bientôt l’ami.

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