Grand sangle des Belles Ombres, en Chartreuse.

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Le constat est terrible : ma dernière sortie en montagne remontait à fin mars. Ayant une petite opportunité de sortie qui s’est dégagée de façon imprévue, il fallait en profiter !

J’avais envie de changer un peu de mes terres habituelles et en même temps je voulais une balade résolument estivale : j’avais envie de l’herbe verte et grasse tapissée de fleurs plutôt que de vieux névés sales…

Donc le programme s’annonçait surtout faisable dans les Préalpes. J’ai songé un moment aller à la découverte des Bauges, mais la réglementation sur les bivouacs y semblait assez contraignante donc j’ai remis cela à plus tard, après avoir pu regarder plus en détail. J’ai ensuite eu l’idée de retourner à nouveau dans le Vercors, dont j’avais vu quelques photos récentes qui montraient justement que les ondulations sans fin du plateau étaient maintenant couvertes de fleurs.

Seulement juste avant de partir, la donnée météo s’est invitée comme souvent au débat, par le biais d’une canicule plutôt soudaine et sévère. Du coup je me suis dit que le sud des hauts plateaux bien dégagé allait être une fournaise ; il valait mieux revoir les plans…

J’ai alors repensé au sangle des Belles Ombres en Chartreuse, pour lequel j’avais failli me décider à l’automne 2012, période où j’avais découvert avec plaisir le sangle de Fouda Blanc juste de l’autre côté de la montagne. Il y avait pas mal d’avantages qui semblaient pouvoir se combiner : partant vers midi je ferais une partie de la montée dans les bois à l’ombre, puis sur le sangle je devais aussi rapidement me retrouver à l’ombre, protégé par les falaises. Il ne me resterait plus qu’à sortir sur la crête en fin de journée, une fois les grosses chaleurs passées, pour profiter de la douce ambiance dorée de fin de journée. Le lendemain il me suffirait de reprendre le sangle à l’aurore pour y profiter des belles lumières, puis ressortir sur la crête avant de redescendre en passant par le sangle inférieur.

C’est en gros ce que j’ai fait, avec quelques bémols pour le lundi soir, où notamment l’ambiance dorée n’a pas été au rendez-vous : l’or a été remplacé par le bronze…

Départ donc vers 12h de Pré Orcel en ce lundi de Pentecôte. La chaleur est déjà lourde et le grand parking est déjà bien rempli. Heureusement que l’altitude est déjà de 1405m ce qui permettra de ne pas souffrir trop longtemps à la montée dans la fournaise.

J’arrive sans problèmes à la jonction avec le sentier qui monte au col des Belles Ombres. Je poursuis juste quelques minutes en direction du col de l’Alpe pour voir une inscription gravée mentionnée sur un panneau.

Je reprends donc la montée vers le col des Belles Ombres, sans difficultés particulières, et vers 1700m je profite d’une pause à l’ombre pour déjeuner. J’ai fait quelques économies de poids sur la nourriture, me disant que la balade ne serait pas trop fatigante. En revanche je n’ai bien sûr pas finassé sur l’eau : je traîne 3 litres en prévision de ces deux demi-journées là haut. Je mange donc mes quelques tranches de saucisson, un peu de carottes, du fromage et une compote. Je me rationne un peu sur l’eau car je me dis qu’avec la chaleur ambiante il faudra savourer chaque goutte : ce sera la clé de la survie là-haut !

Enfin je reprends la montée, à mon étonnement je ne croise pas grand monde. Enfin j’arrive sous la dernière barre avant le col et après quelques mètres un peu confus je ne tarde pas à tomber sur une bonne trace : me voici sur le sangle des Belles Ombres. Contrairement au Fouda Blanc où l’on est confronté brutalement au vide insondable juste après la roche de Fitta, ici le démarrage est tout en douceur, dans une jolie pente herbeuse dominée par un beau ranc de falaise. La vue se dégage sur les Alpes mais une brume de chaleur blanchit toute l’atmosphère, et le Mont Blanc se distingue assez mal à l’horizon ; sur Belledonne il y a déjà pas mal de nuages qui bourgeonnent.

Lentement les falaises se dessinent aussi plus bas et les cirques (assez courts dans l’ensemble en comparaison du Fouda Blanc) se parcourent les uns après les autres. Il est clair que l’ambiance est globalement nettement moins vertigineuse que sur le Fouda Blanc (la végétation joue un rôle non négligeable sur ce point), ce qui pourrait conduire à relâcher un peu trop l’attention.

Une fois passés le Dôme de l’Ours (plus bas) et la pointe 1843 qui domine la crête des Belles Ombres (plus haut), l’ambiance aérienne du sangle se confirme. Le vide se rapproche au franchissement d’un premier grand cirque (superbe du reste), puis dans la descente du suivant je dois avouer que j’ai un doute : je ne sais pas si cette fois j’aurai le courage de passer car il semble particulièrement étroit et expo (c’est celui qui a droit à une grande photo dans le livre de Pascal Sombardier « Chartreuse Vercors les randonnées du vertige »). En fait et comme souvent, une fois que l’on a le nez dessus ça passe plutôt bien, mais reste qu’il y a effectivement 2 mètres dans le fond du cirque qui sont vraiment exposés et où le moindre faux pas est interdit (bref vous l’aurez compris : ce cheminement n’est pas à prévoir pour une gentille balade en famille). On remonte ensuite (d’ailleurs contrairement au Fouda Blanc qui est globalement plat, dans les Belles Ombres on fait beaucoup de montées-descentes) et le sangle poursuit sa course sur encore environ 4 ou 5 cirques, toujours beaux, avec une belle ambiance.

Enfin j’atteins l’endroit où l’on peut regagner la crête (un cairn accompagné de deux ronds peints signale la bifurcation) mais je poursuis un peu par curiosité et parce que j’ai le temps (et puis je n’ai pas envie d’aller cuire sur la crête tout de suite). La sente est alors moins marquée (il faut faire parfois des contorsions entre les arbres) mais se poursuit quand même sans grandes difficultés sur 2 ou 3 cirques. Au bout d’un moment néanmoins j’ai arrêté car la descente était relativement marquée alors que je savais que j’allais faire demi-tour. J’imagine que je n’étais plus très loin du vieux bachasson d’où l’on peut redescendre (cf. le topo précis de Pascal Sombardier dans son livre) mais je ne l’ai pas vu.

Je suis donc reparti en arrière pour regagner le couloir permettant de déboucher sur la crête et effectivement c’est sans soucis. Une fois là-haut j’ai suivi la sente relativement nette qui remonte vers le sud le long de la crête des Belles Ombres. En débouchant dans les découverts j’ai vu une belle prairie en contrebas et ma maigre connaissance de la Chartreuse m’a persuadé que j’étais au-dessus de la bergerie de l’Alpe et que j’avais la roche de Fitta en ligne de mire. Ils me semblaient tellement proches que j’ai hésité à y descendre pour filer au sangle de Fouda Blanc pour le coucher de soleil (j’avais déjà eu la chance d’y faire un superbe coucher de soleil accompagné de Didier mais le sangle est long et il y a matière à revisiter d’autres cirques sous les belles lueurs du couchant). Néanmoins je me suis dit que le cheminement pouvait être très chaotique entre la crête et le vallon donc il valait mieux m’en tenir à mon projet initial et profiter des belles couleurs de fin de journée aux belles prairies qui entourent la croix de l’Alpe.

J’ai donc poursuivi sur la crête et en arrivant sur les jolis découverts qui précèdent le point 1843, j’ai vu que les nuages qui s’amoncelaient sur Belledonne débordaient maintenant allègrement vers la Chartreuse (visuellement d’ailleurs les hautes cimes enneigées de Belledonne ne se dégageaient plus très bien des nuées, donnant une drôle d’ambiance, un peu comme le Mordor dans le Seigneur des Anneaux : manquaient juste les éclairs). Cette image m’a d’ailleurs fait réaliser que même si la météo était annoncée calme et sèche aujourd’hui, un orage de chaleur n’était pas à exclure en fin de journée. J’ai donc sorti la carte pour clarifier les options possibles dans ce cas : cabanes, abris, etc… Il m’est apparu d’abord que je me trompais complètement : c’est le col de l’Alpette que je dominais (d’autant plus honte à moi que j’y étais déjà passé) et ensuite la meilleure option en cas de météo dévastatrice était sans doute la cabane de l’Alpe, plus proche du départ du sangle pour le lendemain.

J’ai donc remonté plein sud sans trop traîner la crête magnifique des Belles Ombres (champs de fleurs comme j’en rêvais dans le Vercors, nombreux aplats bucoliques de rêve…) et je suis revenu assez vite en fait au col des Belles Ombres. De là le temps se maintenait globalement donc j’ai poursuivi jusqu’à la Croix de l’Alpe (que l’on atteint rapidement du col). J’y ai fait une pause, alors que les nuages continuaient de s’épaissir et que le vent chaud soufflait avec force, mais rapidement quelques grosses gouttes et des grondements de tonnerre m’ont convaincu que ça allait tomber sous peu. J’ai entamé la descente vers la cabane de l’Alpe, à laquelle je suis arrivé assez vite. J’ai pu entrer dans l’abri (qui a un carreau cassé et est plutôt austère en dehors de sa taille) et j’y ai patienté un moment, en entendant toujours les grondements et les rafales de vent qui heurtaient la cabane.

Il était près de 20h, les grondements se sont calmés même si le temps ne changeait pas foncièrement, alors je me suis décidé à retenter ma chance vers la croix, en espérant que le soleil arriverait à traverser quelques couches de nuages avant son coucher. L’ambiance était toujours assez lugubre là-haut, avec toujours cet air vigoureux et chaud. Le soleil n’a pas percé et le ciel n’a connu aucun embrasement. Après avoir hésité un peu je me suis dit qu’il n’y avait pas grand intérêt à rester là pour la nuit et avant qu’il ne fasse nuit noire je suis reparti vers le col des Belles Ombres, pour planter le bivouac au départ du sangle.

J’y ai trouvé un emplacement de rêve, parfaitement plat et à l’abri du vent donc je n’ai pas tardé à monter la tente et à me coucher. J’ai vérifié la volume d’eau qui me restait : un litre environ, heureusement que je m’étais rationné ! Enfin il devait être 22h30, j’ai arrêté la lecture et éteint la lampe, surpris par la chaleur qu’il faisait encore.

Nuit sans histoires à un détail près : j’ai dormi en continu de mon coucher jusqu’au réveil à 5h, le genre de chose qui n’arrive presque jamais en bivouac !

Vers 5h donc il était temps de partir (lever de soleil attendu vers 5h50) donc j’ai replié la tente et le barda rapidement et à 5h20 je repartais sur la trace du sangle. Rapidement je n’ai plus eu besoin de la frontale et j’ai vu doucement les lueurs du jour monter, même si la nébulosité ambiante ne laissait pas du tout espérer un lever de soleil flamboyant. Il y a tout de même eu quelques belles lueurs du côté du Mont Blanc, mais elles sont restées très localisées. Je suis arrivé aux cirques les plus impressionnants avec le lever du soleil, mais le soleil a été contrarié par les nuages presque immédiatement. Je n’en ai finalement pas eu trop de regrets car le soleil qui se levait très au nord en ce début juin laissait de toute façon une grande partie du fond des cirques à l’ombre.

J’ai patienté un moment à attendre qu’il franchisse une première zone basse de nuages avant de prendre le temps de faire quelques photos, puis j’ai poursuivi sur le sangle, où je suis ressorti directement au couloir de sortie. Il faisait déjà chaud et j’ai apprécié la fraîcheur forestière du versant ouest en y débouchant (j’ai fait fuir un chamois au passage). Comme la veille j’ai suivi la crête tranquillement et j’ai débouché aux superbes prairies au sud du point 1843. J’ai pris mon temps pour profiter de cet endroit paradisiaque. La chaleur montait bien et la gourde était maintenant presque vide : j’ai pris les derniers bouts de mon repas qui n’étaient pas trop secs (les carottes et la compote) et j’ai entamé la descente.

Il me restait le sangle inférieur à parcourir comme j’avais le temps. J’ai croisé un groupe assez bruyant et nombreux en montant qui m’a encouragé instinctivement à m’enfuir rapidement à la recherche du sangle en suivant une vague trace qui me semblait être au bon endroit mais en fait j’étais encore trop haut car je n’ai pas tardé à me retrouver coincé, mais en voyant une bonne trace sous la barre rocheuse que je dominais.

J’ai donc redescendu un bout du sentier et cette fois je suis tombé sur une bonne sente sans ambiguïté. Je l’ai suivie en gros jusqu’au dôme de l’Ours avec notamment un coin très agréable où une falaise s’avance en éperon sur la vallée ce qui dégage un beau point de vue propice à détailler l’architecture de ces barres rocheuses, mais aussi quelques inconvénients avec des arbres envahissants sur le sangle, et surtout la chaleur qui devenait terrible.

N’ayant plus d’eau de toute façon (et ma douleur au genou étant revenue rapidement), il était temps de terminer et de redescendre. En tout début d’après-midi j’étais de retour à la civilisation…

Une petite vidéo (5’56) :

Et maintenant place aux photos (je mets de nombreuses photos assez descriptives du sangle, pour celles et ceux que cela pourrait intéresser).

Au départ du sangle des Belles Ombres, le premier jour.

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Les cirques se succèdent, et doucement l’ambiance devient plus aérienne.

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Un vautour tourne en prenant les ascendances.

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Puis je débouche sur les belles prairies de la crête des Belles Ombres, mais les nuages sombres s’accumulant je n’en profite pas trop.

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Me voilà de retour au col des Belles Ombres…

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… et je poursuis vers la croix de l’Alpe.

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Mais rapidement le tonnerre gronde…

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Je descends m’abriter à la cabane de l’Alpe en prévision de l’orage qui me semble arriver.

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En fin de journée il n’y a pas eu de grands changements (ciel toujours très gris mais pas d’orage) ; je me décide à retenter ma chance à la Croix de l’Alpe.

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Enfin il faut se rendre à l’évidence, c’est fini pour les belles lueurs espérées ; je pars vers mon bivouac.

Le lendemain à l’aurore, je parcoure à nouveau le sangle alors que le soleil se lève doucement du côté du Mont Blanc.

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Les premiers rayons frappent le sangle mais rien de bien flamboyant…

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… qui plus est, le soleil passe presque tout de suite sous une première bande nuageuse.

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Enfin le soleil revient, je repars pour franchir le cirque le plus impressionnant.

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Il passe bien mais c’est clair : il ne faut pas trébucher…

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L’autre versant de ce cirque, par lequel on arrive.

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Puis les cirques se suivent encore un moment, dans une ambiance moins vertigineuse grâce à la végétation.

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Enfin, me voici au couloir de sortie.

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Une fois sur la crête, on a quelques aperçus du sangle par endroits.

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La prairie de l’Alpette.

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Les merveilleuses prairies à partir du point 1843.

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Retour vers le col des Belles Ombres.

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En route sur le sangle inférieur des Belles Ombres.

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Le dôme de l’Ours.

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Une idée de l’architecture complexe de ce versant.

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2 Responses to Grand sangle des Belles Ombres, en Chartreuse.

  1. Bonjour Cédric,
    La crête des Rochers de Belles Ombres est un coin de paradis, que j’aime aussi visiter comme celle des Rochers de la Balme ou du Parquet. Des lieux magiques…
    Combien d’allers et venues sur le sangle pour la vidéo ?
    Ne fait pas traîner pour ton genoux, ça n’arrange rien. As-tu vu un ostéopathe ? Je peux t’en recommander un, très au point pour les traumatismes du sport.
    À bientôt.

    • Bonjour Gérard,
      Oui c’est un joli coin sauvage !
      Pas mal d’allées et venues effectivement pour le passage le plus critique du sangle en vidéo et photo…
      Et pour le genou j’avais récupéré une adresse de Pascal mais si le tien est plus près je me laisserai peut-être tenter ; éventuellement envoie moi ses coordonnées par mail !
      A une prochaine !

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